2CRSi -60% en 5 jours|Grizzly dit fraude, Portzamparc dit achat à 59
L'attaque qui a effacé 60 % en cinq jours
2CRSi a perdu 60 % de sa valeur en cinq séances, une chute sans précédent pour une valeur qui avait pourtant multiplié son cours par 26 en trois ans. Le 18 juin 2026, le vendeur à découvert américain Grizzly Research a publié un rapport accusant le fabricant strasbourgeois de serveurs haute performance d'avoir bâti sa croissance américaine sur des revenus « fabriqués ». L'attaque cible le cœur du récit financier de l'entreprise : un contrat-cadre de 610 millions de dollars annoncé en 2024, dont le client — NewYork GreenCloud — serait une société créée par un vétérinaire sans expérience dans les centres de données.
La mécanique d'un short-seller activiste est précise. Grizzly détenait une position vendeuse nette déclarée de 0,89 % du capital de 2CRSi, soit environ 200 000 titres, avant même la publication. Son intérêt financier direct à la baisse est documenté par l'Autorité des marchés financiers. Ce conflit d'intérêts est réel — mais il ne rend pas le rapport faux pour autant. Le titre a chuté de 43 % le 18 juin avant d'être suspendu à la demande de la société.
À la reprise le 22 juin, après que 2CRSi a publié une réfutation en huit points et tenu deux webinaires d'actionnaires, l'action a encore perdu 20 à 33 % selon les séances. Ce second plongeon révèle quelque chose de plus profond qu'une simple réaction émotionnelle : le marché a lu la réponse et n'a pas été convaincu. La question n'est plus de savoir si Grizzly a publié un rapport partial — il l'a fait. La question est de savoir si les faits qu'il cite résistent à un examen indépendant.
Ce que la direction reconnaît, et ce que le marché attend encore
La réponse de 2CRSi est structurée, mais elle porte une concession qui n'a pas échappé aux investisseurs professionnels. Le PDG Alain Wilmouth a déclaré explicitement : le contrat-cadre de 610 millions de dollars n'a généré « zéro facturation » à ce stade. La commande de 290 millions de dollars non plus. Ces deux éléments, présentés depuis 2024 comme structurants pour le développement de l'entreprise, n'ont à ce jour produit aucun chiffre d'affaires reconnu.
2CRSi répond que la distinction entre contrat-cadre et chiffre d'affaires réalisé est normale dans son secteur. La croissance nord-américaine effective — 204,7 millions d'euros au premier semestre 2025-2026, soit un chiffre multiplié par 9,8 — proviendrait d'autres commandes, « livrées et payées ». Les comptes sont certifiés par Ernst & Young, et le comité d'audit interne a été saisi pour examiner 34 points soulevés par Grizzly, avec un rapport attendu fin juin.
Ce que le marché attend, c'est précisément ce rapport. La certification EY des comptes passés ne couvre pas la traçabilité future des contrats en cours. Wilmouth a lui-même reconnu un « mea culpa de communication » — une discrétion sur les clients jugée usuelle dans l'entreprise mais perçue comme opacité par le marché. Il a également admis « quelques erreurs comptables » commises dans le passé. Ces concessions sont raisonnables dans un contexte de défense, mais elles ont fourni aux vendeurs exactement le degré d'incertitude nécessaire pour maintenir la pression sur le titre.
Le paradoxe : EY certifie, Portzamparc achète, le marché liquide
Portzamparc est l'analyste qui connaît le mieux 2CRSi. Après deux heures de webinaires — l'un destiné aux investisseurs institutionnels, l'autre aux particuliers — la société de Bourse a maintenu sa recommandation à l'achat avec un objectif de cours de 59,30 euros, légèrement abaissé depuis 60,10 euros. Son argument : pas un seul élément partagé lors des webinaires n'était incohérent avec ce que ses analystes avaient vérifié ou reçu sur plusieurs années. Le scénario est « quasi inchangé » dans l'attente de la publication du chiffre d'affaires annuel fin juillet.
À 17 euros, le titre offre donc, selon Portzamparc, un potentiel de plus de 200 %. Ce n'est pas une projection marginale : c'est le verdict d'un analyste qui assume avoir tout réexaminé après l'attaque. En parallèle, All Invest Securities confirme que les comptes certifiés par EY répondent aux accusations de revenus fabriqués. De leur côté, les investisseurs de marché ont vendu à 17 euros en accélération.
Les deux camps lisent les mêmes documents. La divergence n'est pas une question d'information — c'est une question d'hypothèse sur la viabilité opérationnelle de NewYork GreenCloud. Portzamparc considère que les contrats livrés et payés hors NYGC suffisent à valider la croissance réalisée, et que le dossier NYGC est un risque de signal mais pas un risque de revenu. Les vendeurs estiment que l'opacité sur les clients, les changements de date de clôture passés et la mention de Wilmouth comme « co-founder » dans un document de levée de fonds de NYGC constituent une structure d'ensemble qui mérite une décote structurelle. L'un des deux a fondamentalement tort. La résolution n'est pas analytique — elle est factuelle, et les faits arrivent fin juillet.
La variable qui décide : le chiffre d'affaires annuel fin juillet
Le PDG a confirmé lors du webinaire la certitude de dépasser 400 millions d'euros de chiffre d'affaires pour l'exercice en cours. Portzamparc intègre ce chiffre dans son scénario inchangé. Si la publication de fin juillet confirme ce niveau avec une répartition géographique vérifiable — Amérique du Nord livrée et payée hors NYGC —, la thèse Grizzly perd son fondement principal et le titre retrouve un plancher rationnel très éloigné de 17 euros.
Si la publication révèle des écarts sur la répartition des revenus, des décalages de livraison ou une dépendance non avouée à des contrats non encore facturés, la décote de marché sera validée ex post. Le rapport d'audit interne des 34 points, attendu avant fin juin, est le signal précoce : il précède la publication du CA et révélera si 2CRSi peut produire des preuves documentaires ou seulement des assertions.
Le détenteur regarde donc deux métriques dans l'ordre : d'abord le rapport d'audit fin juin — s'il est exhaustif et public, il referme une partie de l'incertitude sans attendre juillet ; ensuite la ventilation géographique du CA annuel fin juillet. Si les revenus nord-américains hors NYGC couvrent la guidance, l'attaque Grizzly sera classée. Si l'audit est vague ou le CA manque la guidance, la logique de sortie s'impose quel que soit le potentiel théorique affiché par les analystes. Le non-détenteur attend le rapport d'audit avant tout engagement : c'est lui qui transforme ce dossier en opportunité documentée ou en piège confirmé.
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