Air Liquide record IA 40% carnet|semi-conducteurs -17% même semaine

· CAC

Chapitre 1 — Même thème, résultats inverses

Air Liquide a atteint un nouveau record historique en Bourse le 2 juillet, alors que STMicroelectronics perdait 7,99 % et Soitec s'effondrait de 17,09 % dans la même semaine. Ces trois valeurs sont exposées au même moteur : la demande en semi-conducteurs portée par l'intelligence artificielle. Pourtant, le marché les a traitées à l'opposé l'une de l'autre.

La divergence ne s'explique pas par la conjoncture générale. Le CAC 40 a reculé de 0,51 % le 8 juillet. C'est l'élément déclencheur qui diffère : les résultats préliminaires de Samsung ont déçu les investisseurs, entraînant les fabricants de puces dans un mouvement de correction généralisé.

Air Liquide n'a pas été emporté. Ce découplage est le signal que le marché perçoit une différence structurelle de risque entre ces deux types d'exposition IA.

La question n'est pas de savoir qui a raison sur l'IA en général. Elle est plus précise : qu'est-ce qui justifie que le fournisseur de gaz soit au record pendant que les chipmakers reculent ?

Chapitre 2 — Le paradoxe du carnet de commandes

Air Liquide a bénéficié le 1er juillet d'une double révision à la hausse de Bank of America, qui a relevé sa recommandation de Sous-performance à Achat et porté son objectif de cours de 159 € à 200 €. L'argument central de la banque est précis : le marché valorise Air Liquide essentiellement sur son profil actuel, où l'électronique représente environ 10 % du chiffre d'affaires.

Mais l'électronique représente désormais près de 40 % du carnet d'investissements du groupe. C'est cet écart — 10 % des revenus contre 40 % du carnet — que BofA chiffre comme la source de sous-évaluation.

L'explication tient à la nature des contrats dans ce secteur. Air Liquide construit, détient et exploite ses unités de production directement sur les sites de ses clients. Les contrats sont pluriannuels. Micron a confirmé récemment qu'il étend ses accords clients « take-or-pay », une structure qui garantit un approvisionnement minimum indépendamment des fluctuations de la demande. Pour Air Liquide, ces contrats améliorent la visibilité et réduisent la volatilité — exactement l'inverse de la cyclicité que le marché punit chez les chipmakers.

Ce n'est pas encore dans les comptes. La construction des usines de fabrication de puces prend plusieurs années. L'investissement de 170 millions de dollars en Indiana pour alimenter le premier site américain de SK Hynix ne sera mis en service qu'au second semestre 2028. Mais l'accord est signé. La croissance est contractuellement engagée, pas spéculative.

BofA prévoit une croissance organique de l'électronique autour de 14 % par an de 2026 à 2030, soit environ le double du taux intégré dans les estimations du consensus. C'est ce delta de prévision qui explique le mouvement du cours, non une réévaluation sectorielle générale.

Chapitre 3 — La tension d'offre qui valide la thèse

Le découplage entre Air Liquide et les fabricants de puces repose sur une hypothèse : la tension structurelle de l'offre en mémoire avancée reste favorable aux fournisseurs d'infrastructure. Plusieurs éléments du pool d'articles confirment cette tension, mais aussi la contestent.

Du côté haussier, Micron a déclaré lors d'une alerte résultats récente qu'il n'est « en mesure de satisfaire qu'environ 50 % à deux tiers » de la demande de plusieurs clients clés. SK Hynix, dont Air Liquide vient de sécuriser l'approvisionnement en gaz ultra-purs pour son usine américaine, est l'un des principaux bénéficiaires de cette tension : le groupe construit un site de conditionnement de puces HBM avec un investissement de près de 4 milliards de dollars.

Du côté baissier, la directrice de la recherche chez Morningstar, Lorraine Tan, a estimé que les actions IA pourraient encore chuter de 20 % à 30 % avant de redevenir intéressantes. Elle pointe l'arrivée de nouvelles capacités de production de Samsung et SK Hynix, et un possible essoufflement des dépenses en IA. L'annonce par Meta d'une commercialisation de sa puissance de calcul excédentaire a amplifié ces craintes, en suggérant que les hyperscalers pourraient atteindre un plafond de dépenses.

Ici réside la différence décisive pour Air Liquide. Si la surabondance de mémoire se réalise, les prix des puces baissent et les marges des chipmakers se compriment. Mais les unités de gaz d'Air Liquide déjà contractualisées continuent à opérer. La demande de gaz industriels dans une fab est liée à la production physique de puces, pas au prix de marché de celles-ci. Un surplus de mémoire comprime les marges de Micron sans interrompre les volumes d'azote, d'argon et d'hydrogène fournis à la chaîne de fabrication.

Chapitre 4 — Le signal discriminant : résultats H1 le 28 juillet

La thèse se résume à une seule question : la croissance électronique est-elle en train d'accélérer dans les revenus actuels, ou reste-t-elle entièrement dans le carnet futur ? Air Liquide publiera ses résultats du premier semestre 2026 le 28 juillet. C'est le premier test chiffré avant la conversion progressive du carnet de commandes.

Le signal à surveiller n'est pas le bénéfice par action ni la croissance globale du groupe, qui sera brouillée par les activités gaz industriels et santé. L'indicateur discriminant est la croissance organique de la division Électronique sur le premier semestre — et plus précisément son écart avec les 14 % annualisés prévus par BofA pour la période 2026-2030.

Une croissance électronique au-dessus de 12-13 % au S1 conforte la thèse d'accélération et justifie le passage du cours vers l'objectif de 200 €. Une croissance en dessous de 8-9 % suggère que le carnet tarde à se convertir en revenus et que la prime payée au record est prématurée.

Pour un détenteur du titre, le 28 juillet est la date de vérification. Si la division Électronique publie une croissance organique au-dessus de 12 %, les 40 % du carnet commencent à se matérialiser et la position se justifie. Si elle déçoit en dessous de 9 %, le découplage avec les chipmakers s'avère temporaire et le risque de normalisation est réel.

Pour un investisseur sur liste d'observation, l'entrée sur record sans ce chiffre revient à parier sur une conversion de carnet qui n'est pas encore visible dans les comptes. Attendre le 28 juillet transforme une spéculation sur le carnet en une décision fondée sur les premières données publiées.

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