Airbus 90 livraisons en juin|lobjectif 870 avions tient-il face à Pratt&Whitney?

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Le paradoxe de la remontada

Airbus a livré environ 90 avions en juin, son meilleur mois de l'année, selon Bloomberg. C'est nettement au-dessus des 78 unités qu'anticipaient les analystes de Jefferies, et bien au-delà des 60 appareils de mars. La question immédiate n'est pas de savoir si c'est bon — c'est indéniablement bon. La question est de savoir si c'est suffisant. L'objectif affiché pour 2026 est de 870 avions, soit 10 % de plus que les 793 livrés en 2025. Avec environ 90 unités en juin, la contribution du premier semestre à cet objectif s'établit autour de 340 appareils, soit 40 % de la cible annuelle. Sur les sept dernières années, Oddo BHF calcule que cette contribution semestrielle s'est élevée en moyenne à 42 %. Autrement dit, Airbus est légèrement en retrait de ses niveaux historiques après un début d'année lourd. Le bottleneck n'est pas la demande — le carnet de commandes couvre plus de dix ans de production. Le bottleneck est dans la chaîne d'approvisionnement, et plus précisément chez un fournisseur américain dont personne ne parle en titre, mais qui décide du rythme réel d'Airbus.

Le compteur Pratt&Whitney et le backlog chinois

Guillaume Faury, le président exécutif d'Airbus, l'a reconnu lui-même lors de la publication des résultats 2025 : "des pénuries significatives de moteurs Pratt&Whitney" pèsent sur la montée en cadence. Pratt&Whitney, propriété de RTX, a rencontré des problèmes de qualité sur des panneaux de fuselage destinés aux A320 en 2025. Ces défauts ont ralenti les livraisons du premier trimestre 2026, avec seulement 114 appareils expédiés — une baisse de 16 % sur un an. L'autre frein a été administratif : près de 20 avions destinés à des clients chinois étaient produits mais non livrables pour des raisons réglementaires. Ce problème a depuis été résolu. Ces deux perturbations ont créé un effet report : des appareils produits mais non comptabilisés dans les revenus, car le paiement final intervient à la livraison. C'est là le point que le marché lit comme positif dans les 90 livraisons de juin — la remontée intègre ce stock différé. Mais c'est aussi là que réside l'ambiguïté fondamentale. Si une partie des livraisons de juin correspond à des appareils produits en mars ou avril, l'accélération est moins une preuve de capacité nouvelle qu'un rattrapage de retard. La vraie question est : combien d'avions Airbus peut-il livrer en mode de croisière, sans rattrapage, sur juillet-décembre?

Le prêt BEI de 3 milliards et le pari sur la présence site

Le 29 juin, la Banque européenne d'investissement a annoncé un prêt de 3 milliards d'euros à Airbus — "la plus importante enveloppe destinée aux entreprises jamais approuvée par le groupe BEI", a confirmé l'institution. Une première tranche d'un milliard d'euros a été signée immédiatement. Ce financement couvre la recherche et développement jusqu'en 2030, dans l'aviation commerciale, la sécurité et la défense. Thomas Toepfer, directeur financier d'Airbus, a salué "une marge de manœuvre maximale pour gérer notre bilan, minimiser les coûts de portage et soutenir nos investissements à long terme". C'est le signal que le groupe n'entend pas freiner ses dépenses d'innovation pour tenir son objectif de livraisons à court terme — les deux agendas coexistent. Mais ce n'est pas le seul investissement sur la productivité. Guillaume Faury a demandé dans une lettre interne du 9 juin à ses équipes de réduire le télétravail, de deux jours à un seul par semaine à partir de septembre. "Les avions ne peuvent pas être produits à domicile", écrit-il. La CGT a répondu par trois semaines consécutives de débrayage. La CFE-CGC parle de "présentéisme d'une autre siècle". Ce conflit social, qui se jouera au Comité européen le 7 juillet, n'est pas cosmétique : Airbus produit des biens physiques dont la cadence dépend de la présence effective des équipes d'ingénierie et d'intégration. Un accord d'entreprise datant de 2024 et valide jusqu'en 2028 prévoit deux jours de télétravail — la direction veut imposer une restriction que l'accord ne prévoit pas.

Le vrai test : Farnborough le 21 juillet

Airbus publiera ses chiffres officiels de livraisons pour le mois de juin dans les prochains jours. Mais le vrai moment discriminant est le business update du 21 juillet, en marge du salon aéronautique de Farnborough. Bank of America a classé Airbus parmi ses "meilleures idées du troisième trimestre" en identifiant ce rendez-vous comme catalyseur. C'est là qu'Airbus répondra à la question arithmétique : avec 340 appareils livrés en H1, tenir l'objectif de 870 exige environ 530 livraisons en H2. Historiquement, la seconde moitié de l'année est plus chargée — mais 530 sur six mois correspond à un rythme mensuel d'environ 88 appareils, supérieur à tous les mois enregistrés jusqu'ici en 2026. Si Faury confirme à Farnborough que le régime de croisière du H2 est structurellement à ce niveau — et que la pénurie Pratt&Whitney est effectivement résolue — l'objectif 870 passe de plausible à probable, et l'action, qui recule légèrement malgré l'annonce BEI, offre un point d'entrée sur la thèse de la normalisation. Si en revanche le business update révèle un ajustement de l'objectif ou une nuance sur les moteurs, l'accélération de juin prend une autre signification : un pic de rattrapage sur un plateau structurellement plus bas. Pour un détenteur, le signal d'alerte est une révision implicite ou un glissement de l'objectif à Farnborough. Pour un observateur non positionné, l'entrée est conditionnelle à la confirmation que 530 livraisons en H2 correspondent à un rythme opérationnel réel, pas à un engagement de façade. Les résultats officiels du H1 le 29 juillet fourniront la vérification finale sur le free cash-flow, mais Farnborough sera le premier indicateur lisible sur la capacité réelle à tenir le cap.

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