Airbus, la promesse 2029 à 12 milliards dEBIT|Le pari sur un dollar qui nexiste pas encore

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Le bond de cours et la promesse 2029

Airbus bondit de plus de sept pour cent à Paris, la plus forte hausse du CAC 40 ce mercredi. Le déclencheur n'est pas un résultat trimestriel mais une promesse à trois ans : un EBIT ajusté porté à douze ou treize milliards d'euros en 2029, contre sept virgule un milliards l'an dernier.

Le conseil d'administration a validé un programme de rachat d'actions de cinq milliards d'euros d'ici fin 2029, présenté comme la vraie surprise de la soirée. Les bureaux d'études saluent une visibilité qu'ils jugent inédite pour l'avionneur.

Oddo BHF et Jefferies qualifient ces objectifs de conservateurs, taillés pour être dépassés. Mais Berenberg et DZ Bank y voient au contraire une guidance strictement conforme aux attentes, sans marge cachée à découvrir.

Deux lectures opposées d'un même communiqué ne peuvent pas être également vraies. Pour trancher, il faut regarder ce sur quoi cette trajectoire 2029 repose réellement, et non la réaction du cours du jour.

L'hypothèse de change qui ne colle pas au marché

La cible de douze à treize milliards d'euros d'EBIT n'est pas un chiffre brut : elle repose sur un jeu d'hypothèses explicites, dont un taux de change euro-dollar fixé à un virgule vingt-deux pour 2029.

Or l'euro s'échangeait ce mercredi autour de un virgule quatorze dollar, très loin de cette hypothèse. Airbus a lui-même précisé qu'un centime de variation sur ce taux pèse environ deux cent cinquante millions d'euros sur son résultat opérationnel.

Ce que les brokers optimistes lisent comme une réserve de hausse est d'abord une hypothèse monétaire qui devra se matérialiser sur trois ans pour que la cible tienne sans effort supplémentaire côté production. Si l'euro reste proche de son niveau actuel, l'écart doit être comblé ailleurs.

Le directeur général a revendiqué un niveau de visibilité jamais atteint auparavant. Mais une trajectoire dont l'un des piliers repose sur un taux de change hypothétique n'est pas de la visibilité acquise, c'est une condition à vérifier chaque trimestre.

Le nœud fournisseur non résolu

Le second pilier de la trajectoire 2029 est industriel : Airbus veut produire entre soixante-dix et soixante-quinze A320neo par mois fin 2027, puis stabiliser ce rythme. C'est cette cadence, plus que le rachat d'actions, qui doit générer le cash annoncé.

Cette cadence dépend directement de la livraison de moteurs par Pratt & Whitney, motoriste avec lequel Airbus reconnaît encore des échanges tendus. Les deux entreprises n'ont pas conclu d'accord sur les volumes 2026 ou 2027, alors que ce type d'accord se négocie normalement dix-huit mois à l'avance.

Airbus a déjà dû revoir à la baisse un objectif de production par le passé pour cette même raison, invoquant une pénurie significative chez ce fournisseur. Rien dans les annonces de Farnborough n'indique que ce différend est réglé.

Autrement dit, même si l'euro coopérait, la trajectoire resterait suspendue à un accord industriel qui n'existe pas encore sur le papier. Les deux piliers de la promesse, monétaire et industriel, sont donc simultanément non sécurisés.

Le rendez-vous du 30 juillet

Le premier test concret de cette trajectoire tombe dans quelques jours : Airbus publie ses résultats du premier semestre le trente juillet, avec la possibilité de réviser sa cible 2026 de huit cent soixante-dix livraisons, une cible confirmée mais jamais relevée malgré une rumeur interne de neuf cents unités.

Si Airbus relève cette cible le trente juillet, cela signalera que la cadence moteur progresse plus vite que prévu, et la trajectoire 2029 gagne en crédibilité indépendamment du change. Si la cible reste inchangée et qu'aucune avancée n'est mentionnée sur Pratt & Whitney, le pilier industriel reste en suspens malgré la hausse du cours de cette semaine.

Pour qui détient déjà le titre, la hausse de cette semaine ne justifie ni prise de bénéfice ni renforcement tant que le nœud fournisseur n'a pas de réponse claire. Pour qui observe sans détenir, entrer sur la seule promesse 2029 revient à acheter une hypothèse de change et un accord industriel qui n'existent pas encore.

Le chiffre à surveiller n'est pas le cours de l'action ni la cible d'EBIT à 2029, mais la cadence de production A320 et tout commentaire sur l'accord avec Pratt & Whitney publiés lors des résultats semestriels du trente juillet.

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