Argan bondit de 15,5% sur la fusion WDP|Fusion amicale ou prise de contrôle à 13 milliards ?

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Le bond de 15,5% et la promesse de la prime

L'action Argan s'envole de 15,5% ce vendredi, jusqu'à 74,90 euros, après l'annonce d'un projet de fusion avec son homologue belge WDP. C'est le mouvement le plus violent du SBF 120 aujourd'hui, et il tient en une phrase : Argan et WDP veulent créer un ensemble logistique paneuropéen de 13 milliards d'euros.

Selon les modalités annoncées, chaque action Argan sera échangée contre trois actions WDP nouvellement émises, plus une distribution exceptionnelle de 11 euros par action, ce qui fait ressortir une valorisation implicite de 79,22 euros par titre, soit une prime de 21% sur le dernier cours. Jefferies juge cette prime attractive. Mais la contrepartie de cette prime, c'est que le titre Argan sera radié de la Bourse de Paris une fois la fusion réalisée : ce n'est pas seulement un gain immédiat, c'est aussi la fin d'une histoire boursière française.

L'opération est qualifiée d'amicale, soutenue à l'unanimité par les deux conseils d'administration. La famille fondatrice Le Lan et Crédit Agricole Assurances, qui détiennent environ 52% des droits de vote d'Argan, se sont déjà engagés à voter en sa faveur, tout comme la famille De Pauw côté WDP. Oddo BHF juge donc la réalisation du mariage hautement probable. Mais un accord jugé quasi acquis avant même le vote formel soulève une question que la suite du dossier doit trancher : qui, dans cette opération, gagne réellement, et à quel prix pour l'autre partie.

La prime cache une radiation et une asymétrie d'actionnaires

C'est là que la lecture du marché se fissure. Invest Securities qualifie l'opération sans détour : sous l'habillage d'une fusion amicale, il s'agit manifestement d'une prise de contrôle d'Argan par WDP. La structure de l'échange le confirme : WDP, déjà coté à Bruxelles et Amsterdam, va simplement ajouter une cotation à Paris pour rester dans l'indice SBF 120, pendant qu'Argan, elle, sera rayée de la cote parisienne.

Jefferies détaille l'asymétrie entre les deux camps d'actionnaires. Pour les actionnaires d'Argan, la prime de 21% est attractive : ils échangent une foncière française contre un ensemble paneuropéen plus large, doté d'un meilleur portefeuille. Pour les actionnaires de WDP en revanche, Jefferies est plus réservé : l'opération leur apporte une envergure immédiate en France, mais au prix d'un endettement accru et d'une croissance attendue plus faible que celle de WDP seule. L'impact sur le bénéfice par action, lui, tombe de 3% en apparence à environ 1% seulement une fois intégrées les cessions d'actifs prévues pour 250 millions d'euros.

Pour l'actionnaire Argan qui voterait contre l'opération, un droit de retrait existe : il permet de céder ses titres contre un versement en numéraire, fixé à 71,10 euros par action, un montant ajusté à la baisse pour tenir compte de la distribution exceptionnelle. C'est un chiffre nettement inférieur aux 79,22 euros de la valorisation implicite mise en avant par les analystes. Le choix n'est donc pas neutre : accepter l'échange d'actions pour capter la pleine valeur théorique, ou sortir en numéraire à un prix plus faible mais garanti.

Le verrou du vote de novembre et la carte de la surenchère

Rien n'est encore acté. Les assemblées générales extraordinaires qui doivent se prononcer sur la fusion sont prévues en novembre 2026, avec une réalisation attendue au premier trimestre 2027. D'ici là, l'opération reste soumise aux autorisations réglementaires et, en théorie, à un revirement des actionnaires non engagés.

Jefferies pointe un précédent qui pèse sur la lecture du dossier : dans un secteur de la logistique déjà marqué par l'offre du géant américain Prologis sur le britannique Segro, la possibilité d'une offre plus élevée sur Argan n'est, selon le courtier, pas totalement exclue. Autrement dit, la prime de 21% actuellement sur la table pourrait ne pas être le dernier mot.

Pour l'actionnaire déjà en place, la question à trancher avant l'assemblée générale de novembre est simple à poser mais pas à résoudre : accepter l'échange d'actions pour miser sur l'ensemble paneuropéen plus large, ou activer le droit de retrait à 71,10 euros pour sécuriser un gain immédiat mais inférieur à la valorisation théorique. Pour celui qui n'est pas encore positionné, le titre reste négociable jusqu'à la finalisation, et toute annonce d'une contre-offre concurrente, dans la lignée du dossier Prologis-Segro, romprait immédiatement l'équilibre actuel de la prime. Le vote de novembre, avec déjà 52% des droits engagés, reste le seul point de bascule à surveiller avant que l'opération ne devienne irréversible.

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