Broadcom -13% IA|STMicro, Soitec en danger ?
La correction IA
STMicroelectronics a cédé 5 % sur le CAC 40 jeudi, signant la plus forte baisse de l'indice, au moment même où le groupe publiait une progression trimestrielle de 139 % depuis le début de l'année. La tension n'est pas dans les fondamentaux de STMicro — elle est dans ce que la chute de Broadcom à Wall Street a révélé sur la structure de valorisation des semi-conducteurs liés à l'IA.
Broadcom a publié mercredi soir un chiffre d'affaires en hausse de 48 % à 22,2 milliards de dollars pour son deuxième trimestre fiscal, avec une guidance T3 à 29,4 milliards, supérieure au consensus de 28,5 milliards. Ces chiffres auraient suffi à propulser n'importe quelle autre valeur. Ils n'ont pas suffi. Les investisseurs sanctionnaient non pas une déception sur les résultats, mais l'absence de relèvement spectaculaire des prévisions IA — segment que le marché avait valorisé à la perfection après une hausse de 270 milliards de capitalisation en cinq séances.
Ce type de correction s'explique moins par les fondamentaux que par la structure de positionnement accumulée avant la publication. Les flux institutionnels avaient absorbé les hausses successives sans allègement significatif ; lorsque la guidance n'a pas dépassé les attentes les plus optimistes, la pression de sortie a été disproportionnée par rapport à la nouvelle elle-même. Hargreaves Lansdown le formule clairement : le marché exigeait la perfection.
La contagion vers STMicro et Soitec à Paris ne traduit pas une réévaluation des fondamentaux de ces groupes. Elle traduit une désynchronisation entre flux : les positions IA accumulées en Europe depuis janvier 2026 — STMicro avait progressé de près de 200 % sur la période — cherchaient une porte de sortie que la session parisienne a fournie. Ce n'est pas un signal sur la demande de puces ; c'est un signal sur la densité du positionnement long qui précédait.
Ce que cette correction ne règle pas, c'est la question du régime. Si la chute de Broadcom marque un plafond de valorisation pour l'ensemble du secteur IA, le recul de STMicro de 5 % en une séance ne compense pas 139 % de hausse accumulée. La pression de repositionnement reste entière pour les détenteurs qui n'ont pas allégé.
La rotation de Paris
Le CAC 40 a terminé en hausse de 1,15 % jeudi, alors que le Nasdaq perdait 0,4 %. Cette divergence n'est pas anodine : elle révèle que le capital institutionnel parisien n'a pas simplement subi la correction des semi-conducteurs — il l'a utilisée comme vecteur de rotation vers des segments qu'il avait sous-pondérés depuis le début de l'année.
Capgemini a bondi de plus de 6 % et SAP de 5 %, rejoints par Dassault Systèmes à +5 %. Ces valeurs de logiciels avaient été délaissées depuis plusieurs mois, précisément parce que la narration dominante opposait l'IA hardware aux éditeurs traditionnels comme victimes de la disruption. Ce que jeudi révèle, c'est que le même capital institutionnel qui avait arbitré en faveur des semi-conducteurs commence à tester la valeur relative de ce sous-segment.
L'élément extérieur a joué un rôle de catalyseur, non de cause profonde. L'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban, conditionné à un arrêt des tirs du Hezbollah, a entraîné une détente du Brent à 95 dollars, en baisse de 3 %. Cette détente a allégé la pression inflationniste perçue sur les marges des entreprises non-pétrolières, facilitant la rotation. Mais le mouvement sur Capgemini et les logiciels précédait cette géopolitique — il était déjà amorcé avant la confirmation du cessez-le-feu.
La limite de cette rotation est précisément ce qu'elle ne valide pas encore. Une journée de rotation en faveur des logiciels européens ne constitue pas un changement de régime : elle peut aussi bien signaler une prise de bénéfices défensive sur les semi-conducteurs qu'une réallocation durable vers les éditeurs. Pour trancher, il faudrait observer si les flux étrangers — qui avaient été le moteur principal de la hausse des semi-conducteurs depuis janvier — commencent à se repositionner structurellement sur les logiciels.
Rémy Cointreau, test du capital hors IA
Rémy Cointreau a progressé de plus de 10 % jeudi, devenant la valeur la plus performante hors CAC 40 de la séance. Ce mouvement teste une hypothèse distincte de la rotation vers les logiciels : le capital qui sort des semi-conducteurs cherche-t-il une duration longue dans des actifs de croissance défensive, ou simplement un abri temporaire ?
Le groupe a publié un bénéfice net annuel en recul de 35 % à 78,7 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 935 millions en baisse de 5 % en données publiées. Ces chiffres sont mauvais en absolu. Ce qui a déclenché l'achat, c'est la guidance 2026-27 : retour à la croissance organique du chiffre d'affaires et légère amélioration de la marge opérationnelle courante, avec un objectif de 100 millions d'euros de création de valeur supplémentaire au niveau opérationnel d'ici 2028-29.
Invest Securities qualifie les prévisions de "globalement un peu plus ambitieuses que le consensus." Pour TP ICAP Midcap, les signaux de fin d'exercice — amélioration des ventes au détail aux États-Unis, gains de parts de marché, rebond en Asie-Pacifique — suggèrent que le point bas de cycle est passé. Ce que ces lectures institutionnelles ont produit en séance, c'est un repositionnement d'acheteurs qui attendaient une confirmation de point bas pour entrer sur une valeur qui avait perdu plus de 60 % depuis ses sommets.
Ce qui reste non résolu est la dépendance au cognac : ce segment représente 85,6 % du résultat opérationnel courant, dans un contexte où les droits de douane américains et les restrictions chinoises continuent de peser sur les volumes. La hausse de 10 % en séance a été tirée par des détenteurs à court terme qui parient sur le plan RC Forward — pas encore par des flux institutionnels long terme qui auraient validé la durabilité du retournement.
La variable à surveiller est le niveau d'impact des droits de douane sur le prochain exercice : Rémy Cointreau intègre 20 millions d'euros dans ses prévisions 2026-27, contre 15 millions en 2025-26. Si ce chiffre est confirmé sans dépassement lors de la prochaine publication semestrielle, le positionnement à court terme devra décider s'il se prolonge. Si les volumes cognac aux États-Unis ne montrent pas de reprise tangible au T1 2026-27, la hausse de jeudi restera une correction technique d'un titre survendu, pas le début d'un cycle.
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