Détroit dOrmuz bloqué|CAC 40 résistera-t-il encore ?
Iran et pétrole
Le Brent s'affiche à 101 dollars vendredi — et le CAC 40 perd 1,1 % le même jour. Ce n'est pas une coïncidence. C'est le mécanisme central de cette semaine.
Revenons à la cause. Dans la nuit du 7 au 8 mai, des navires de guerre américains ont essuyé des tirs iraniens dans le détroit d'Ormuz. Les États-Unis ont riposté, détruisant les sites d'origine. Aucun blessé américain. Mais l'incident a suffi à fracasser le cessez-le-feu fragile en vigueur depuis mars. Donald Trump a qualifié l'épisode de "broutille" — les marchés, eux, ne l'ont pas traité comme tel.
Goldman Sachs a mené cette semaine une enquête auprès de ses clients institutionnels. Plus de la moitié ne prévoient pas de retour à la normale des approvisionnements pétroliers avant la fin juillet, au mieux. Le détroit d'Ormuz assure environ 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. Bloquer ce couloir ne fait pas que gêner — cela force une recomposition de toute la chaîne d'approvisionnement européenne.
La conséquence directe pour l'Europe est double : des prix de l'énergie qui restent élevés, et une dépendance accrue aux importations alternatives. Les données le confirment. Les importations européennes de GNL russe ont progressé de 17,2 % entre janvier et avril 2026, passant de 5,71 millions à 6,69 millions de tonnes. Ce chiffre contredit frontalement l'objectif de Bruxelles — couper le gaz russe d'ici 2027.
En parallèle, l'Europe cherche à sécuriser le kérosène. L'Agence de sécurité aérienne de l'UE a donné son feu vert à l'utilisation du carburant américain "Jet A" en remplacement du Jet A-1 européen. La différence technique est réelle : le Jet A tolère un point de congélation à -40 degrés contre -47 pour le standard mondial — ce qui pose un risque sur les routes polaires et longues distances. Le ministre des Transports a assuré qu'il n'y aurait pas d'annulations cet été, mais Airbus a quand même cédé 1,9 % vendredi.
La question qui reste ouverte : si les négociations Iran-États-Unis débouchent sur un accord cette semaine, le Brent peut reculer rapidement sous les 95 dollars. Mais si elles échouent, le marché n'a pas encore intégré un blocage prolongé jusqu'en août.
Emploi US, Fed figée
Cette tension sur le pétrole arrive au pire moment pour la Fed — parce qu'elle la paralyse précisément quand l'emploi l'autoriserait à agir.
Les États-Unis ont créé 115 000 emplois en avril. Le consensus tablait sur 62 000. C'est près du double des attentes. Le taux de chômage est resté stable à 4,3 %. Le marché du travail américain résiste — malgré la guerre, malgré les droits de douane, malgré la crise de confiance.
Ce chiffre a propulsé Wall Street. Le Nasdaq a gagné 1,3 % vendredi. Le S&P 500 a inscrit de nouveaux records. Mais Paris a perdu 1,1 % dans le même temps. Cette divergence n'est pas un hasard de calendrier — c'est une fracture structurelle.
L'explication tient en une phrase de Commerzbank : "La Fed n'a pas atteint son objectif d'inflation depuis cinq ans, et la hausse des prix de l'énergie alimente actuellement une nouvelle flambée." Bank of America a été plus directe encore. Elle a repoussé ses prévisions de baisse de taux — initialement prévues en septembre-octobre 2026 — à juillet-septembre 2027. Un an et demi de retard.
Pour l'Europe, cela signifie que la BCE continuera de naviguer seule dans un environnement de taux élevés et de coûts énergétiques croissants. L'indice de confiance des consommateurs américains de l'Université du Michigan est tombé à 48,2 en mai, nettement sous les 49,7 attendus. Ce signal d'affaiblissement de la demande américaine — exception faite de l'emploi — complique encore davantage la lecture de la Fed.
Reste une variable : si l'Iran accepte la proposition de paix transmise par Washington en début de semaine, l'énergie recule, l'inflation marque une pause, et la fenêtre de la Fed se rouvre. Ce scénario conditionnel est le seul qui permet d'imaginer une baisse de taux avant fin 2026.
Stellantis cède ses usines
Pendant que les marchés scrutaient le Brent et l'emploi américain, Stellantis annonçait vendredi quelque chose qu'aucun constructeur européen n'avait jamais fait : céder une partie de ses usines à un groupe chinois.
Le partenariat avec Leapmotor prévoit la production du SUV électrique B10 dès 2026 dans l'usine Opel de Saragosse. À Madrid-Villaverde, Stellantis étudie une cession partielle du site à la coentreprise détenue à 51 % par Stellantis et 49 % par Leapmotor — pour assembler des modèles Leapmotor destinés aux marchés européens et mondiaux à partir de 2028. Un SUV Opel électrique germano-chinois compléterait le dispositif.
Le contexte est brutal. Les usines automobiles européennes tournent en moyenne à 50 % de leurs capacités. Stellantis vient de fermer la production à Poissy. Porsche supprime plus de 500 emplois en fermant trois filiales, dont Cellforce, sa spécialiste de batteries haute performance — une décision que Porsche justifie par "la transition électrique nettement plus lente que prévu."
Stellantis parie sur l'inverse. En intégrant la technologie de batteries Leapmotor et les cadences chinoises — "en moins de deux ans" contre quatre ou cinq pour un modèle européen classique — le groupe veut produire des électriques abordables qui respectent les règles du "Made in Europe" pour éviter les droits de douane européens sur les importations chinoises.
L'action Stellantis a gagné 1,84 % vendredi, seule hausse significative du CAC 40. Ce signal mérite attention : dans un indice en repli de 1,1 %, une action qui monte de presque 2 % sur une annonce industrielle dit quelque chose sur ce que le marché attend du secteur.
Le risque est politique autant qu'industriel. Les syndicats européens parlent de "basculements majeurs." Si Bruxelles durcit les règles du "Made in Europe" ou si les tensions commerciales sino-européennes s'intensifient, le modèle que Stellantis construit devient caduc avant d'être rentable. La vérification à surveiller : l'Investor Day de Stellantis dans deux semaines, où le groupe devra chiffrer les économies attendues de ce partenariat. Si les marges escomptées dépassent 15 %, le titre confirme sa trajectoire. Si les syndicats espagnols bloquent les négociations d'ici là, la fenêtre se referme.