EDF Golfech arrêtée|canicule coupe 1 000 GWh quand la France en a le plus besoin

· CAC

La canicule éteint les réacteurs qui doivent l'alimenter

EDF a arrêté le 9 juillet à 11h30 l'unité n°2 de la centrale nucléaire de Golfech, seul réacteur en fonctionnement sur le site.

Ce n'est pas une panne. Ce n'est pas un problème de sûreté. La Garonne, trop chaude, a déclenché l'arrêt.

La réglementation de 2006 fixe un seuil de 28°C à ne pas dépasser pour protéger la biodiversité aquatique. La centrale, qui restitue l'eau du fleuve à +0,2°C en moyenne, ne peut plus fonctionner sans réchauffer un cours d'eau déjà à la limite.

C'est le paradoxe central de ce jeudi : la troisième canicule depuis mai pousse les Français à brancher climatiseurs et ventilateurs, créant un pic de demande électrique. Mais ce même pic de chaleur contraint EDF à couper la production des centrales fluviales au moment précis où leur électricité est la plus réclamée.

Le goulot d'étranglement n'est pas le réacteur — il est la rivière.

Pourquoi Golfech s'éteint et pas Civaux : la fracture du parc nucléaire

La centrale de Golfech fonctionne en circuit ouvert : elle pompe directement la Garonne, refroidit ses installations, puis restitue l'eau au fleuve à température légèrement supérieure.

En temps normal, ce +0,2°C est négligeable. Lors d'une canicule avec une Garonne déjà à 27,8°C, ce même écart fait franchir le seuil légal et oblige l'arrêt complet.

D'autres centrales, équipées de tours aéroréfrigérantes en circuit fermé, ne connaissent pas cette contrainte : elles évacuent la chaleur dans l'air, pas dans le fleuve. Civaux, dans la Vienne, a même des tours secondaires conçues pour résister aux canicules extrêmes.

Ce n'est pas une vulnérabilité accidentelle. C'est une division structurelle du parc nucléaire français entre réacteurs résistants à la chaleur et réacteurs dépendants des fleuves. Golfech, Bugey, Blayais, Saint-Alban, Chooz — cinq sites fluviaux sont exposés.

En 2026, EDF a déjà enregistré quatre arrêts climatiques contre deux sur toute l'année 2025. Depuis 2015, jamais le parc n'avait accumulé autant de pertes de production si tôt dans l'année.

Le déficit atteint plus de 1 000 GWh en trois semaines. C'est la moitié de la production mensuelle d'une centrale nucléaire d'un gigawatt.

L'hypothèse cachée dans le discours rassurant d'EDF est que ce déficit reste absorbable parce que la demande estivale est inférieure à la demande hivernale. Ce calcul est vrai aujourd'hui. Il suppose que les canicules ne s'intensifient pas et que la demande estivale ne dépasse pas un seuil critique.

Or les articles d'experts publiés ce jeudi indiquent précisément que cette intensification est en cours.

Deux lectures, une seule action : comment les analystes divergent

Nicolas Goldberg, directeur du cabinet Colombus, déclare que la situation n'est "pas alarmante" et "ne pose pas de problème d'approvisionnement." C'est la lecture confortable : la France exporte davantage d'électricité qu'elle n'en importe, les marges du réseau absorbent les arrêts.

La même semaine, l'Opinion titre que c'est "un sujet de préoccupation", en citant des pertes de production sans précédent depuis 2015. La part du gaz dans le mix électrique est passée de 1 à 5 % en quelques jours lors de la canicule de juin, selon RTE.

Ces deux lectures ne se contredisent pas sur les faits. Elles divergent sur la trajectoire : est-ce un aléa climatique exceptionnel ou une tendance qui s'installe structurellement dans la gestion du parc ?

EDF a déjà répondu par ses actes. Le groupe a annoncé un plan d'investissement de 8,7 milliards d'euros pour adapter ses centrales au changement climatique, avec notamment le déploiement d'aéroréfrigérants capables de refroidir l'eau avant rejet.

Mais ce plan ne sera déployé qu'à long terme, et la question de son financement reste ouverte pour une entreprise entièrement nationalisée depuis 2023 sans accès aux marchés de capitaux classiques.

Pour un observateur extérieur, la décision n'est pas de parier sur une reprise du réacteur de Golfech dans les prochains jours. Le vrai critère est de savoir si les épisodes caniculaires deviennent structurels, et si EDF peut maintenir sa disponibilité moyenne annuelle au-dessus du seuil qui garantit la rentabilité du parc.

Le critère décisif : disponibilité du parc ou fréquence des canicules

Pour le détenteur d'obligations ou d'actions EDF, le risque à surveiller n'est pas l'arrêt de Golfech ce jeudi — c'est le taux de disponibilité annuel du parc nucléaire français.

Si les canicules s'intensifient et que le seuil de 28°C est atteint plus tôt dans la saison, plus longtemps, sur davantage de sites fluviaux, la disponibilité moyenne du parc recule. EDF perdrait des revenus de production et serait forcée d'acheter de l'électricité sur le marché de gros à des prix élevés — précisément quand ces prix sont les plus élevés.

Ce scénario crédibilise la thèse des analystes qui parlent de "sujet de préoccupation" : non pas une coupure imminente, mais une érosion silencieuse de la rentabilité du parc sur dix ans.

L'argument inverse tient si les aéroréfrigérants programmés dans le plan de 8,7 milliards commencent à s'installer avant que les étés s'aggravent davantage. Dans ce cas, le parc nucléaire conserve sa compétitivité comme source d'électricité décarbonée bon marché en Europe.

La séance du 10 juillet — pic de canicule prévu avec la Garonne à 28°C — est le premier test immédiat.

Si d'autres réacteurs fluviaux sont arrêtés dans les prochaines 24 à 48 heures, la thèse structurelle prend le dessus et le dossier EDF devient un pari sur la capacité du groupe à financer son adaptation climatique sans accès aux marchés.

Si la canicule recule sans nouvel arrêt majeur, le scénario Goldberg tient : la France dispose de marges suffisantes et les arrêts restent des aléas absorbables.

Le critère à surveiller avant toute décision n'est pas le prix de l'action — c'est le nombre de réacteurs arrêtés ou réduits dans les 48 prochaines heures, et au-delà, le calendrier du déploiement des aéroréfrigérants.

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