Eramet, EBITDA 45%|Redressement ou sursis ?

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Le rebond de l’EBITDA

Eramet a gagné plus de 5 % après l’annonce d’un EBITDA ajusté en hausse de 45 %. À première vue, le scénario est simple : les mesures d’efficacité commencent à produire leurs effets, l’activité repart et le groupe minier retrouve le chemin de la croissance rentable.

Mais le chiffre le plus important n’est peut-être pas celui qui a fait monter l’action. Eramet reste déficitaire, avec une perte nette de 146 millions d’euros hors SLN, notamment à cause d’une dépréciation supplémentaire de 112 millions liée à l’incendie de son activité de sables minéralisés.

Une amélioration encore fragile

L’amélioration opérationnelle est réelle. Le chiffre d’affaires ajusté atteint 1,65 milliard d’euros, en hausse de 8 %, avec un effet prix de 9 % et un effet volume de 5 %. Le programme ReSolution commence aussi à se traduire par des gains de productivité, des économies d’achats et une réduction des investissements, diminués de 53 % sur un an.

Mais cette progression n’a pas encore transformé Eramet en machine à cash. Le free cash-flow ajusté n’est que légèrement positif, à 7 millions d’euros. Il a été soutenu par l’amélioration de l’EBITDA, l’optimisation du besoin en fonds de roulement et le contrôle des dépenses. En face, la mine de Weda Bay ne verse plus de dividendes depuis sa mise en sommeil en mai, faute de permis, et les réparations liées à l’incendie continuent de peser.

C’est là que le rebond boursier doit être remis en perspective. La dette nette atteint encore 2,046 milliards d’euros. Le levier ajusté est de 4,5 fois et le gearing de 129 %. Eramet reconnaît qu’un renforcement du bilan reste nécessaire. Le redressement des opérations améliore donc la trajectoire, mais il ne règle pas encore la question du financement.

Le financement à surveiller

Pour un actionnaire, la conséquence est concrète : la reprise pourrait être payée en partie par les actionnaires eux-mêmes. Une augmentation de capital pouvant atteindre 500 millions d’euros a été autorisée et est prévue au quatrième trimestre 2026. Les marques d’intérêt reçues par le groupe ne sont pas engageantes à ce stade. Le marché ne devra donc pas seulement regarder si l’EBITDA continue de progresser, mais aussi à quelles conditions Eramet trouvera les fonds nécessaires.

Le groupe dispose néanmoins de plusieurs leviers. Au Gabon, le tonnage transporté par Setrag a progressé de 9 % sur un an. En Argentine, l’usine de Centenario a atteint 90 % de sa capacité nominale en juin. Au Sénégal, les opérations ont redémarré deux mois après l’incendie. Ce sont des signes d’exécution, pas seulement des promesses.

Redressement ou sursis ?

La question est de savoir si ces progrès forment un changement structurel ou simplement une phase de rattrapage. Les objectifs annoncés donnent des points de contrôle précis : une production de lithium de 17 000 à 20 000 tonnes équivalent carbonate en 2026, une capacité proche de son niveau nominal en fin d’année, et un retour à pleine capacité des sables minéralisés prévu au premier trimestre 2027. La révision éventuelle du permis indonésien pour le nickel sera également déterminante.

Pour le détenteur du titre, le bon réflexe consiste donc à séparer trois histoires : l’amélioration du résultat opérationnel, la génération de trésorerie et le financement du bilan. Pour celui qui regarde encore l’action, attendre les modalités de l’augmentation de capital, les accords éventuels sur les actifs et la reprise effective des sables minéralisés peut être plus instructif que de prolonger mécaniquement les 45 % de hausse de l’EBITDA.

Eramet a bien commencé à réparer son exploitation. Mais les éléments disponibles ne permettent pas encore de conclure à un redressement durable. L’incertitude centrale reste le prix de ce redressement pour les actionnaires et la capacité du groupe à convertir ses gains opérationnels en cash récurrent.

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