Eramet|Le Gabon réclame son manganèse, laccord dit 2031 pas 2029

· CAC

Le protocole signé et le report caché

Eramet vient de signer à Paris un protocole d'accord avec l'État gabonais pour transformer localement jusqu'à sept cent mille tonnes de minerai de manganèse par an. L'objectif affiché est fin 2031, présenté comme une étape décisive vers la souveraineté minière du Gabon.

Mais ce calendrier n'est pas celui que le gouvernement gabonais réclamait au départ. Les autorités visaient une transformation locale effective dès 2029, année où l'exportation du minerai brut doit être interdite. Le protocole signé avec Eramet déplace cette échéance de deux ans.

Sur place, la lecture diverge frontalement. Un spécialiste du Gabon juge que le président a obtenu ce qu'il recherchait, remettre la transformation locale au cœur des négociations. Un ancien sénateur qualifie au contraire le bilan de la visite de bien maigre, et affirme que l'accord sera caduc avant même d'entrer en vigueur.

Le nœud du désaccord tient à une condition explicite qu'Eramet a posée pour construire sa nouvelle usine d'alliages : que les autorités gabonaises financent elles-mêmes les projets d'électrification nécessaires. Le report de deux ans n'est donc pas arbitraire, il est indexé à une dépendance énergétique que Libreville ne maîtrise pas encore.

Le bras de fer sur l'entrée au capital

Ce rapport de force ne se limite pas au calendrier industriel. L'État gabonais, qui détient déjà vingt-neuf pour cent de Comilog, la filiale locale, a demandé à entrer directement au capital de la maison mère Eramet.

Là encore, les communiqués ne racontent pas la même histoire. La présidence gabonaise a qualifié cette perspective d'accord historique, marquant une étape décisive de sa souveraineté minière. Eramet, de son côté, dit seulement prendre note de l'intention du Gabon de souscrire à une augmentation de capital de cinq cents millions d'euros, sans engagement ferme.

Cette prudence n'est pas cosmétique. La direction a indiqué qu'elle soumettrait la proposition aux actionnaires lors de sa prochaine assemblée générale, un filtre qui peut aussi bien valider que neutraliser l'ambition affichée par Libreville.

Le débat glisse ainsi d'une question de tonnage vers une question de contrôle. Ce qui se joue n'est plus combien de minerai sera transformé, mais qui, de l'actionnaire minoritaire gabonais ou du groupe minier français, pilotera la répartition de la valeur ajoutée créée par cette transformation.

Le verrou énergétique et l'échéance 2029

Un fait daté reste au centre de toute cette négociation. Le gouvernement gabonais a déjà formellement annoncé l'interdiction d'exporter le manganèse brut à compter du premier janvier deux mille vingt-neuf, avec une période de transition de trois ans pour les acteurs du secteur.

Or le protocole industriel signé cette semaine vise fin deux mille trente et un, deux ans après l'échéance légale que le Gabon s'est lui-même fixée. L'accord qui devait sécuriser la transformation locale arrive donc structurellement en retard sur la loi qu'il est censé accompagner.

Deux échéances concrètes trancheront ce rapport de force. La première est la décision finale d'investissement pour l'usine d'oxyde de manganèse près de Libreville, conditionnée au financement de l'électrification par le Gabon. La seconde est le vote des actionnaires d'Eramet sur l'entrée au capital gabonais.

Si le Gabon sécurise ce financement énergétique dans les prochains mois, le protocole se transforme en levier réel de montée en valeur pour Eramet et pour l'État actionnaire. Si ce financement tarde, l'accord restera ce qu'une partie de la classe politique gabonaise y voit déjà, une promesse repoussée sans garantie d'exécution. C'est ce financement, et non l'échéance de 2029 elle-même, que les investisseurs doivent surveiller en premier.

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