Eutelsat|Bond de 7% pour 443 millions, contre 6 milliards à SES

· CAC

Un rebond de 7% sur une annonce à 6 milliards de dollars

L'action Eutelsat s'envole ce lundi, gagnant jusqu'à 7,3 % pour atteindre 2,16 euros, son plus haut niveau depuis une semaine. Ce mouvement suit l'annonce d'une décision de la Federal Communications Commission américaine, qui organise le transfert d'une partie du spectre de la bande C vers les réseaux mobiles de nouvelle génération. Les communiqués parlent d'un montant total de plus de 6 milliards de dollars versé aux deux opérateurs satellitaires concernés, Eutelsat et le luxembourgeois SES.

Mais ce chiffre de 6 milliards de dollars regroupe deux réalités très inégales. SES, qui possède 89 % des droits sur la bande C supérieure depuis son rachat d'Intelsat, doit percevoir environ 5,6 milliards de dollars. Eutelsat, propriétaire de seulement 8 % de cette même bande, doit recevoir 504 millions de dollars, soit 443 millions d'euros avant impôts. Le reste revient à l'opérateur canadien Telesat.

Selon les calculs de JPMorgan, cette compensation représente une valeur d'environ 6 euros par action pour SES, contre moins de 0,50 euro par titre pour Eutelsat. L'écart est démesuré. Pourtant, en Bourse, Eutelsat progresse presque autant que SES, parfois même davantage en pourcentage sur certaines séances de la journée. La question posée aux investisseurs devient alors : que valorise réellement le marché quand il fait grimper les deux titres de concert ?

Un versement conditionnel, attendu dans cinq ans

Le versement à Eutelsat n'est ni immédiat ni garanti. Les communiqués précisent que les 443 millions d'euros sont conditionnels et attendus en 2031, sous réserve du respect de deux échéances de libération du spectre fixées à 2030 et 2031. Si l'opérateur ne parvient pas à migrer ses services satellitaires dans les délais impartis, la compensation peut être réduite ou retardée. Ce n'est donc pas un chèque en approche, mais une promesse assortie de conditions d'exécution technique sur cinq ans.

Un analyste d'AlphaValue, Utsav Sinha, apporte un éclairage différent sur le mouvement du jour. Il estime que les actions des deux sociétés ont fait l'objet de ventes excessives au cours du mois écoulé et se dit optimiste quant à leur redressement. Cette lecture déplace le centre de gravité de l'histoire : le rebond d'Eutelsat ne serait pas uniquement une réaction mécanique au montant de la compensation FCC, mais aussi un effet de rattrapage après une période de dépréciation jugée excessive par certains investisseurs institutionnels.

Ce qui compte alors n'est peut-être pas la taille du chèque à venir, mais la levée d'une incertitude réglementaire qui pesait sur le secteur satellitaire dans son ensemble. Le cadre fixé par la FCC clarifie enfin le calendrier et les modalités de la transition, un point que le marché attendait depuis des mois. Pour un titre historiquement décoté comme Eutelsat, la clarification d'un cadre, même modeste en valeur, peut suffire à déclencher un mouvement de couverture des positions vendeuses et un regain d'intérêt spéculatif.

Ce que révèle l'écart entre les deux trajectoires

Un autre élément mérite d'être précisé pour ne pas surestimer la fragilité de la position d'Eutelsat. L'ensemble des coûts engagés durant le processus de transition sera intégralement remboursé aux deux opérateurs, indépendamment du montant final perçu. Par ailleurs, SES fait face à un risque spécifique que n'a pas Eutelsat : les anciens détenteurs d'obligations d'Intelsat ont droit à 42,5 % du produit généré par les cent premiers mégahertz libérés, soit environ 1,1 milliard de dollars en moins pour SES. Eutelsat, elle, ne porte pas cet héritage financier.

L'ensemble de ces éléments dessine un rebond davantage technique que fondamental pour Eutelsat. La compensation FCC, à elle seule, ne justifie pas une revalorisation durable du titre : sa contribution nette par action reste environ douze fois inférieure à celle de SES. Le mouvement du jour ressemble davantage à une correction d'un excès de pessimisme antérieur, amplifiée par la clarté nouvelle du calendrier réglementaire, qu'à la découverte d'une source de valeur cachée et substantielle.

Pour un investisseur qui détient déjà le titre, la question posée par ce dossier n'est donc pas de savoir si 443 millions d'euros vont transformer les comptes d'Eutelsat, mais si l'entreprise saura respecter le calendrier de migration technique fixé par la FCC sans surcoût imprévu. Pour celui qui observe de l'extérieur, le rebond de ce lundi doit être lu comme un signal de correction de marché plus que comme la validation d'un nouveau moteur de croissance. Le prochain jalon à surveiller reste l'échéance de 2030, première étape conditionnant le versement effectif de la compensation.

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