Guerre Iran, inflation 4,2%|CAC 40 et Soitec sous pression BCE

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CAC 40 sous le feu

Le CAC 40 a clôturé en recul de 0,5% mercredi à 8.161 points, dans une journée où la surface du marché donnait une impression de stabilité que les fondamentaux démentent. L'inflation américaine est ressortie à 4,2% en glissement annuel en mai, son niveau le plus élevé depuis trois ans, portée mécaniquement par la guerre entre les États-Unis et l'Iran. Ce chiffre est conforme aux attentes — mais la conformité masque une réalité structurelle que les marchés évitent de regarder en face.

La séquence causale est directe : les frappes américaines sur les défenses aériennes iraniennes près du détroit d'Ormuz mardi soir ont fait monter le baril de Brent à 92,76 dollars en clôture, soit un gain de 1,4% sur la journée. L'énergie tire l'inflation, l'inflation tire la BCE. La banque centrale européenne devrait relever ses taux directeurs d'un quart de point jeudi, une hausse que les stratégistes d'ABN Amro Investment Solutions jugent déjà intégrée dans les cours.

Ce que cette intégration cache, c'est la nature du mouvement institutionnel en cours. Les ventes ont été concentrées sur les valeurs technologiques en Europe et aux États-Unis — le Nasdaq a cédé 1% — tandis que les flux se sont maintenus sur les foncières et les valeurs défensives. Deutsche Bank résume l'arbitrage ainsi : les marchés oscillent entre "l'exubérance IA de 1999 et les craintes d'un krach technologique comparable à celui de 2000". Ce cadrage n'est pas neutre — il signale que les investisseurs institutionnels ne lisent plus la baisse comme une correction technique.

Trump a aggravé la situation en déclarant sur Truth Social que l'Iran allait "devoir payer le prix" pour avoir tardé à négocier, et en laissant entendre à Fox News qu'il envisageait des frappes contre des infrastructures électriques et des ponts iraniens. Les marchés n'ont pas réagi à ces déclarations — et c'est précisément ce non-mouvement qui mérite attention. L'absence de réaction haussière sur le pétrole aux nouvelles menaces de Trump indique que les positions spéculatives longues sur l'énergie sont déjà chargées. La prochaine variable n'est pas l'escalade verbale mais une frappe confirmée sur des infrastructures, seuil que le marché n'a pas encore intégré.

Soitec : l'IA à prix excessif

La chute de Soitec de 13% mercredi illustre avec précision ce que le départ du capital technologique signifie dans le détail. Jefferies a abaissé sa recommandation de "conserver" à "sous-performance" tout en relevant son objectif de cours de 45 à 85 euros — une incohérence apparente qui cache un message de fond : le titre a été réévalué à la hausse par la thématique IA, mais les revenus photoniques ne justifient pas cette revalorisation dans le temps imparti.

Jefferies signale que la photonique-SOI ne représentait que 15% du chiffre d'affaires de l'exercice 2026, et que l'adoption des CPO (Co-Packaged Optics) ne devrait pas générer d'accélération globale avant l'exercice 2030. Soitec est valorisé à 32 fois l'EV/EBITDA 2028 estimé, soit une prime de 85% sur ses concurrents. Depuis son pic annuel de 192 euros le 28 mai, le titre a perdu plus de 33% en deux semaines.

Ce mouvement de prix révèle une dynamique de positionnement que la note de Jefferies a déclenchée sans créer. Le capital qui avait acheté Soitec comme proxy de la croissance IA — en particulier les flux passifs attirés par la thématique data center — se repositionne vers des actifs dont la croissance IA est immédiate et quantifiable, comme STMicroelectronics. Bank of America a justement relevé STMicro à "achat" avec un objectif record de 86 euros, anticipant que la part de marché de STMicro en photonique sur silicium passera de 5% à 30% d'ici 2028, avec Amazon Web Services comme client d'ancrage.

Cette rotation intra-sectorielle — hors Soitec, vers STMicro — n'est pas une sortie de la thématique IA. C'est une discrimination de valorisation à l'intérieur de cette thématique. Berenberg, qui maintient "conserver" sur Soitec et préfère le néerlandais Besi, confirme le même mouvement : les investisseurs différencient désormais entre les valeurs qui jouent l'IA sur des revenus futurs hypothétiques et celles dont les flux sont visibles à court terme. Ce que cette discrimination ne résout pas : si l'inflation de guerre force la BCE à durcir sa politique, même les valorisations "justifiées" dans la tech redeviennent vulnérables à la remontée des taux.

Défense : le pivot qui tient

Thales a terminé la séance en hausse de 1% à 233 euros, et la logique de ce mouvement contraste avec le reste du CAC 40. Bernstein a relevé son objectif de cours sur le groupe de défense de 260 à 290 euros, en maintenant "surperformance". L'analyste juge que les préoccupations liées à la division cybersécurité de Thales — qui pesaient sur le titre depuis plusieurs mois — devraient progressivement s'estomper, tandis que les activités cœur dans l'électronique de défense et la défense aérienne continuent d'afficher une croissance supérieure au consensus.

Le contexte amplifie ce signal. Le salon Eurosatory — rendez-vous mondial de la défense et de la sécurité — s'ouvre le 15 juin près de Paris. La Bulgarie vient de valider l'achat de radars Thales à longue portée. La Direction générale de l'armement travaille à intégrer le missile VL-MICA dans le système SAMP/T NG. Le capital institutionnel se positionne sur la défense européenne non pas parce que la guerre en Iran est nouvelle, mais parce que la durée du conflit force les gouvernements à commitments budgétaires qui alimentent des carnets de commandes pluriannuels.

Bernstein confirme aussi "surperformance" sur Rheinmetall et Leonardo, désignant Rheinmetall comme le favori long terme malgré une correction récente. Ce triptyque — Thales, Rheinmetall, Leonardo — représente la thèse du capital institutionnel européen qui substitue la croissance défense à la croissance technologique dans les allocations sectorielles. L'IPO de SpaceX vendredi sur le Nasdaq — avec une demande déjà supérieure à 250 milliards de dollars pour une levée de 75 milliards — risque d'aspirer des liquidités des actifs risqués européens vers le marché américain, ce qui crée une pression supplémentaire sur le CAC 40.

La question que ni Bernstein ni le marché n'a tranchée : si Trump frappe les infrastructures iraniennes plutôt que de négocier, le pétrole dépasse les 100 dollars et la BCE se retrouve face à une inflation de guerre que même un cycle de hausse accéléré ne peut modérer. Dans ce scénario, les valeurs défense européennes continuent de recevoir des flux — mais l'environnement de taux érode simultanément les multiples de valorisation sur l'ensemble du marché. Ce que l'on peut vérifier dès jeudi : si la décision de la BCE est accompagnée d'un signal de pause ou de poursuite du cycle de hausse, c'est là que se lira l'orientation des flux entre défense et tech pour les prochaines semaines.

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