Guerre Iran & taux|Euronext résiste, Nvidia décide

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Ormuz ferme les taux

Le CAC 40 a repris les 8 000 points mercredi, mais le mouvement cache une tension que les titres ne montrent pas. Les taux américains à 30 ans ont atteint 5,19 % mardi, un niveau absent depuis la crise financière de 2008. Ce n'est pas une simple réaction aux discours de Trump sur l'Iran — c'est la conséquence directe du détroit d'Ormuz qui reste fermé depuis le début de la guerre en février.

La mécanique est précise. Le Brent tourne autour de 111 dollars le baril, soit plus de 50 % au-dessus des niveaux d'avant-guerre. Cette pression énergétique se traduit en inflation importée, et les obligations souveraines reprennent le coût de cette inflation dans leur rendement. Goldman Sachs estime que la production persane a été amputée de 14,5 millions de barils par jour. L'AIE prévoit que le marché restera « sévèrement sous-approvisionné » jusqu'en octobre, même si le conflit se terminait dès maintenant.

Trump a déclaré mardi avoir reporté une frappe sur Téhéran après des consultations avec des alliés du Golfe. Vance a confirmé que les négociations progressaient, mais que les forces américaines restaient « prêtes à agir ». La réaction des marchés a été révélatrice : les indices américains ont terminé en recul — S&P 500 à -0,56 %, Nasdaq à -0,74 % — malgré l'annonce de pause diplomatique. Les acheteurs institutionnels n'ont pas suivi la rhétorique.

Ce refus du rebond obligataire explique pourquoi Paris a avancé prudemment. Les flux nets vendeurs sur les fonds paneuropéens, interprétés des données de prix, ont maintenu le STOXX 600 à +0,19 % pendant que les marchés américains cédaient. La divergence signale que le marché européen absorbe la même information énergétique avec un filtre différent — moins de technologie, plus d'industrie.

Ce qui reste inexpliqué, c'est pourquoi STMicroelectronics a progressé de 6 % dans ce contexte de taux élevés, alors que les semi-conducteurs sont précisément les titres que des taux à 5 % devraient pénaliser le plus.

STMicro avant Nvidia

La hausse de 6 % de STMicroelectronics mercredi n'est pas déconnectée des taux — elle est une prise de position anticipatoire sur les résultats de Nvidia publiés le soir même. C'est le mécanisme de transmission qui révèle quelque chose de structurel.

STMicro est exposé à la chaîne d'approvisionnement en semi-conducteurs pour l'intelligence artificielle, mais avec un profil différent de Nvidia. Mizuho a maintenu sa recommandation de surperformance en citant l'IA et le spatial comme vecteurs de croissance à moyen terme. Les acheteurs qui ont rotationné vers STMicro mercredi ont, selon les données de volume, effectué un arbitrage entre le risque de valorisation de Nvidia — une capitalisation de 5 000 milliards de dollars — et une exposition indirecte moins chère au même cycle.

Nvidia doit confirmer un chiffre d'affaires trimestriel proche de 79 milliards de dollars. L'enjeu n'est pas le chiffre brut, mais la marge — actuellement proche de 75 % — et la visibilité sur les ventes en dehors des hyperscalers américains. Alvin Nguyen, analyste chez Forrester, résume : « À 5 000 milliards de valorisation, la question n'est plus de savoir si la croissance est forte, mais si elle peut être soutenue à ce niveau. »

Si Nvidia déçoit sur les marges ou la guidance, le flux inverse toucherait d'abord les semi-conducteurs européens — STMicro, qui a monté sur anticipation, subirait une correction amplifiée. En revanche, un résultat supérieur aux attentes renforce la thèse que la demande IA reste intacte malgré les taux à 5 %, ce qui allègerait la pression obligataire sur l'ensemble des valeurs technologiques.

La question que ce mécanisme laisse ouverte est plus profonde : si Nvidia confirme la demande IA, mais que les taux restent à 5 % à cause d'Ormuz, l'argent frais afflue-t-il vers Paris ou se concentre-t-il aux États-Unis ?

Euronext face aux deux chocs

Euronext a apporté une réponse partielle mercredi en publiant des résultats qui ont fait monter l'action de plus de 6 %. Ce n'est pas un hasard de calendrier — c'est précisément parce que la structure du modèle Euronext répond aux deux chocs simultanément.

Le chiffre d'affaires du premier trimestre 2026 a atteint 528,5 millions d'euros, en hausse de 15,3 % sur un an. L'EBITDA ajusté s'établit à 343,2 millions d'euros avec une marge de 64,9 %. Plus significatif encore pour la thèse : les revenus liés aux volumes ont progressé de 17,7 %, tirés directement par la volatilité des marchés depuis le début de la guerre en Iran. La guerre, qui pèse sur les marges opérationnelles des industriels et des consommateurs d'énergie, alimente les volumes de trading d'Euronext. Les flux institutionnels étrangers, mesurés par la hausse de 28,1 % des revenus actions, sont entrés dans la plateforme plutôt que d'en sortir.

C'est le renversement que les investisseurs positionnés en défensif sur Paris n'avaient pas intégré. Euronext n'est pas exposé à Ormuz — il en bénéficie. La position de dette nette reste à 1,1 fois l'EBITDA ajusté, ce qui laisse une capacité d'acquisition ou de rachat d'actions même si les taux restent élevés.

Le leaning est constructif sur Euronext à court terme, mais conditionnel. Si Nvidia ce soir produit un résultat qui stabilise les taux américains sous 5 %, le double carburant — volatilité géopolitique et appétit IA — soutient la thèse haussière jusqu'aux 150 euros, niveau identifié par les analystes d'ABC Bourse. Si au contraire les taux montent encore au-delà de 5,2 %, la compression des multiples frapperait aussi une plateforme boursière exposée aux actions.

Le benchmark à surveiller demain : les taux américains à 10 ans au-dessus ou en dessous de 4,67 %, seuil de mardi. Si Nvidia bat les attentes et que les taux reculent sous ce niveau, le scénario Euronext-STMicro se confirme. Ce qui invaliderait l'ensemble de ce raisonnement, c'est si Nvidia délivre un résultat fort mais que les taux continuent de monter — ce qui signifierait que la pression inflationniste d'Ormuz l'emporte désormais sur toute donnée positive.

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