Hausse de taux norvégienne le jour du Brent à 99|Linflation sarrête-t-elle avec le pétrole ?

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Le CAC 40 marque une pause — et une banque centrale européenne tire la première

La veille, le CAC 40 bondissait de 2,94 %. Ce jeudi 7 mai, il a rendu 1,17 %, à 8 202 points. Le détroit d'Ormuz reste fermé, mais le baril de Brent est passé sous les 100 dollars pour la première fois depuis le début du conflit — à 96,56 dollars en milieu de séance. Sur le papier, c'est une bonne nouvelle. Moins de tension énergétique, moins de pression sur les coûts. Les marchés auraient dû souffler.

Ils n'ont pas soufflé. Paris a préféré la prudence et les prises de bénéfices. Les investisseurs attendent une réponse concrète de Téhéran à la proposition américaine de paix, et les mots ne suffisent plus. Deux valeurs du luxe — Hermès à 1 702 euros et Kering à 246,80 euros — ont tenu le haut de tableau, signe que les gérants cherchent toujours des actifs capables de résister à l'incertitude géopolitique. En revanche, les valeurs directement liées à la conjoncture économique ont souffert. Bouygues a cédé 3,66 % après un recul de ses ventes de 3,2 % au premier trimestre. Engie a perdu 2,6 %, malgré la finalisation spectaculaire de son acquisition de UK Power Networks pour 18 milliards d'euros, bouclée en moins de trois mois. Le marché a lu les chiffres trimestriels en retrait — chiffre d'affaires en recul organique de 9,5 % — sans attendre l'explication de la direction. Legrand, de son côté, a publié une progression de 11,4 % de son chiffre d'affaires, tiré par les centres de données américains, et a brièvement atteint de nouveaux records historiques avant de subir des dégagements bénéficiaires. La cote parisienne, en résumé, ne savait plus dans quel sens regarder.

C'est à ce moment précis, alors que le pétrole refluait et que les espoirs de paix semblaient peser plus lourd que jamais, que la Banque de Norvège a relevé son taux directeur.

La première banque centrale européenne à resserrer depuis la guerre — et ce n'est pas anodin pour Paris

Oslo a annoncé jeudi une hausse de 25 points de base, portant le taux directeur à 4,25 %. La Norges Bank est la première grande banque centrale européenne à relever ses taux depuis le déclenchement des frappes israélo-américaines sur l'Iran, le 28 février. Ce choix surprend, et pas seulement parce que le Brent passait simultanément sous la barre des 100 dollars.

Le mécanisme est précis. Relevé à 4,25 %, le taux norvégien fait suite à des années d'inflation obstinément au-dessus de l'objectif : en mars, l'inflation sous-jacente s'établissait à 3,0 %, pour un objectif officiel d'environ 2 %. La gouverneure Ida Wolden Bache a cité deux vecteurs distincts : d'un côté, la guerre au Moyen-Orient et la hausse du coût des importations que génère l'envolée passée du pétrole — dont les effets continuent de se diffuser dans les chaînes de valeur même après le reflux des cours ; de l'autre, des hausses salariales importantes qui précédaient le conflit et qui alimentent désormais l'inflation de façon autonome. Le pétrole qui baisse ne résout pas ce second vecteur. Ce sont deux problèmes distincts, et le second n'a pas de date d'expiration liée au détroit d'Ormuz.

C'est là que la situation devient inconfortable pour les marchés européens. La BCE avait indiqué fin avril qu'elle souhaitait se donner « six semaines » supplémentaires pour évaluer l'impact du conflit avant d'agir. Cette fenêtre expire en juin. Si la Banque de Norvège a décidé de ne pas attendre, c'est qu'elle estime que l'inflation salariale est déjà assez installée pour nécessiter une réponse immédiate, indépendamment de l'évolution du pétrole. La BCE pourrait lire le même signal. Et pour les actions françaises — en particulier les foncières cotées comme Klépierre, et les bancaires comme BNP Paribas et Société Générale, sensibles aux anticipations de taux —, une normalisation monétaire plus rapide que prévu est un risque de valorisation direct.

Il reste une variable que les marchés n'ont pas encore intégrée : la Suède, voisine directe de la Norvège, a choisi la même journée de maintenir son taux à 1,75 %, estimant disposer d'une « bonne marge de manœuvre ». Deux économies scandinaves, deux décisions opposées, le même 7 mai.

Pétrole sous 100 dollars, taux en hausse : quel scénario pour les prochaines semaines ?

Le Brent à 96,56 dollars le 7 mai représente un seuil symbolique fort. Depuis le blocage du détroit d'Ormuz fin février, c'est la première fois que le baril repasse sous les 100 dollars. Cela signifie que le marché pétrolier intègre déjà, au moins partiellement, un accord de paix. Environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux transitent par Ormuz en temps de paix — si le détroit rouvre, la pression à la baisse sur le Brent sera mécanique et rapide.

Pour la BCE, c'est une équation à deux inconnues. Première inconnue : le pétrole. Si l'accord tient et qu'Ormuz rouvre avant la réunion de juin, la pression inflationniste importée se dissipe partiellement, ce qui pourrait justifier le statu quo. La trajectoire attendue par la Banque de Norvège — un taux entre 4,25 % et 4,50 % fin 2026 — resterait un cas particulier lié à la dynamique salariale norvégienne, et non un signal généraliste. Dans ce scénario, Klépierre, Unibail-Rodamco-Westfield et les foncières françaises récupèrent une partie de la pression qui pèse sur leurs valorisations depuis le début du conflit.

Deuxième inconnue : les salaires. La Banque de Norvège a explicitement déclaré que la hausse des taux n'était pas uniquement motivée par la guerre. Si l'inflation salariale française suit une dynamique comparable — et les données sur le pouvoir d'achat publiées ce jeudi suggèrent que le « premier trimestre a été douloureux, le deuxième sera pire » — la BCE sera dans une position délicate : des taux trop accommodants avec une inflation salariale qui s'installe, ou une hausse qui fragilise une croissance déjà sous pression. Thomas Piketty alertait ce jeudi sur le risque de faire peser l'ajustement sur les classes moyennes — un signal politique que la BCE surveille toujours en arrière-plan.

Le scénario central penche vers un maintien des taux en juin si l'accord iranien se matérialise avant le 20 mai — date approximative à laquelle les marchés auront besoin d'une certitude pour ajuster leurs anticipations. Mais si Téhéran ne répond pas, le Brent remonte, l'inflation importée reste active, et la pression sur la BCE s'intensifie. La vérification à surveiller demain : le niveau d'ouverture du Brent en pré-marché et toute déclaration officielle iranienne sur les négociations. Si le Brent repasse au-dessus de 102 dollars sans annonce diplomatique, le scénario norsk — hausse avant l'été — reprend de la crédibilité pour Francfort. Ce qui prouverait que le reflux d'aujourd'hui n'était qu'une pause, pas un tournant.

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