Maurel & Prom double sa taille|Une croissance durable ?

· CAC

Une croissance à confirmer

Maurel & Prom change d’échelle, mais ses résultats ne prouvent pas encore que cette croissance sera durable. Le 5 août, le groupe a annoncé l’achat d’actifs de Gran Tierra en Colombie et en Équateur pour 1,33 milliard de dollars, avec près de 29 000 barils par jour de production supplémentaire. Le semestre est solide, avec un bénéfice net en hausse de 74 % et un flux de trésorerie disponible de 77 millions de dollars. Mais la question reste entière : cette performance vient-elle du modèle de Maurel & Prom, ou surtout d’un pétrole exceptionnellement cher ?

Le moteur des résultats

La première lecture est celle d’un producteur qui bénéficie pleinement du marché. Le prix moyen de vente du pétrole a bondi de 46 %, à 103,8 dollars le baril. Le chiffre d’affaires a progressé de 27 %, l’Ebitda de 63 %, et le résultat net part du groupe de 74 %. Les analystes cités dans les articles soulignent aussi la maîtrise des coûts et la reprise des exportations vénézuéliennes.

Cette lecture est toutefois moins robuste qu’elle n’en a l’air. La production du groupe n’a augmenté que de 1 % sur un an, à environ 37 900 barils équivalent pétrole par jour. Une partie de la hausse des revenus vient aussi du décalage des enlèvements et de la revalorisation des stocks, pour un effet positif de 27 millions de dollars. Le moteur immédiat est donc d’abord le prix du brut, pas une accélération massive des volumes.

Le pari Gran Tierra

L’acquisition de Gran Tierra modifie précisément ce point. Maurel & Prom ne se contente plus d’exploiter un portefeuille existant : il cherche à presque doubler la taille du groupe et vise environ 40 000 barils par jour de production nette sur les actifs acquis à l’horizon 2029-2030. Le portefeuille comprend des actifs déjà en production, des infrastructures de traitement et de transport, mais aussi des projets de développement et d’exploration. Le potentiel est donc réel, mais il dépend encore de l’exécution.

Le financement constitue le mécanisme décisif. Au 30 juin, Maurel & Prom disposait de 257 millions de dollars de trésorerie nette et de 500 millions de liquidités disponibles. Le refinancement bancaire signé en juillet doit apporter environ 250 millions de dollars supplémentaires. Mais la transaction implique aussi la reprise de 582 millions de dollars d’obligations de Gran Tierra et d’une facilité de prépaiement de 350 millions. La société paie donc son changement d’échelle par une structure financière plus exigeante.

Le cash sous pression

C’est là qu’apparaît une seconde lecture. Le semestre montre une entreprise capable de générer du cash, mais le flux de trésorerie opérationnel a été amputé de 38 millions de dollars par le besoin en fonds de roulement. En parallèle, la production recule en Angola et au Venezuela par rapport au second semestre 2025, même si les exportations vénézuéliennes reprennent progressivement. La croissance future ne sera donc pas seulement une question de barils disponibles : il faudra transformer ces barils en trésorerie après les coûts, les investissements, les intérêts et les obligations reprises.

Pour un détenteur du titre, ce qui change est la nature du risque. Maurel & Prom n’est plus seulement exposé au Brent et à quelques actifs africains ou vénézuéliens ; il devient aussi une histoire d’intégration et de financement en Amérique latine. Pour un observateur, la hausse des bénéfices ne suffit pas à valider cette nouvelle trajectoire : elle est largement rétrospective, alors que l’acquisition engage plusieurs exercices à venir.

Les échéances du dossier

Les prochains jalons sont précis. Les conditions préalables du refinancement doivent être satisfaites d’ici le début octobre, et la finalisation de l’acquisition est attendue autour du 31 décembre 2026. Ces étapes permettront de mesurer si le financement est réellement sécurisé et si les actifs acquis peuvent contribuer aux comptes sans absorber excessivement le cash disponible.

Le jugement le plus solide aujourd’hui est donc intermédiaire : Maurel & Prom possède les liquidités et les actifs opérationnels nécessaires pour tenter une transformation majeure, mais le semestre ne permet pas encore de distinguer une croissance structurelle d’un effet de pétrole cher. Les articles disponibles ne donnent pas encore le profil détaillé de rentabilité, de dette et de cash-flow du périmètre Gran Tierra après intégration. C’est cette inconnue, plus que la hausse spectaculaire des résultats, qui déterminera la suite du dossier.

Link copied