Medincell -15 %|8 analystes sur 8 maintiennent achat à 43

· CAC

La chute qui contredit le consensus

Medincell a publié ses résultats annuels le 16 juin après la clôture des marchés, et l'action a plongé de 15 % le lendemain, terminant dernière du SBF 120. La perte nette s'est creusée à 31,3 millions d'euros, contre 18,4 millions un an plus tôt. Ce chiffre dépasse largement les 15,8 millions d'euros que les analystes attendaient en moyenne. Pourtant, au même moment, huit analystes répertoriés par FactSet maintenaient tous leur recommandation à l'achat, avec des cibles allant de 31 à 43 euros. Le titre cotait 24 euros en séance. La bottleneck de cette contradiction n'est pas la qualité du produit Uzedy — dont les ventes ont progressé de 54 % en dollars chez Teva. C'est la mécanique par laquelle cette croissance se traduit, ou ne se traduit pas, dans les comptes en euros. Le volume des échanges a atteint 256 720 actions, soit plus du double de la moyenne habituelle. Des vendeurs ont tenu face à des acheteurs convaincus, sans que le prix ait tranché la question.

L'effet dollar et le décalage de calendrier

Les redevances d'Uzedy ont augmenté de 42 % en euros, à 9,3 millions d'euros. En dollars, la progression est de 54 %, à 10,9 millions de dollars. L'écart entre les deux chiffres n'est pas une anomalie comptable : il reflète la dépréciation du dollar face à l'euro, qui a érodé environ 15 % de la valeur des redevances à la conversion. Medincell n'a qu'une seule source de revenus commerciaux, les redevances versées en dollars par Teva — et donc une exposition totale au risque de change, sans couverture naturelle de ce côté du bilan. Jefferies a estimé que cet effet de change, ajouté à des charges d'exploitation plus élevées que prévu (45 millions d'euros, en hausse de 17 %), déplace d'un an l'horizon de rentabilité opérationnelle : de l'exercice 2026-2027 à l'exercice 2027-2028. C'est ce décalage d'un an — et non la trajectoire d'Uzedy — qui explique la réaction du marché. L'hypothèse que les analystes maintenant à l'achat posent implicitement est que ce délai ne compromet pas la valeur terminale du pipeline. Mais cette hypothèse repose sur un enchaînement précis : la trésorerie de 84,8 millions d'euros doit tenir jusqu'à l'approbation FDA, et celle-ci doit survenir dans les délais prévus. Oddo BHF rappelle que le programme avec AbbVie, attendu en 2026, ne démarrera son développement clinique qu'en 2027. Ce glissement s'ajoute au retard du programme contraceptif mdc-WWM, dont l'impact est encore en cours d'évaluation. Deux retards distincts sur deux programmes différents, le même jour de publication : c'est ce cumul que le marché a sanctionné, au-delà de la simple comparaison défavorable avec l'exercice précédent.

L'approbation FDA comme seul arbitre

Medincell a soumis son dossier NDA pour Olanzapine LAI en février 2026, et la FDA a accepté ce dossier. Un lancement aux États-Unis est attendu au quatrième trimestre 2026, sous réserve de l'autorisation réglementaire. Olanzapine LAI est une injection mensuelle à action prolongée pour la schizophrénie — un marché sur lequel Uzedy (rispéridone LAI) a déjà démontré une croissance de 54 % en dollars. Si Olanzapine LAI obtient l'approbation et se lance commercialement, Medincell ouvre une deuxième source de redevances en dollars, dans la même maladie cible, avec le même partenaire Teva. Les analystes de Jefferies ciblent 43 euros par action en intégrant ce scénario. Le marché, à 24 euros, intègre davantage l'incertitude sur ce calendrier que la certitude sur la croissance d'Uzedy. La contre-évidence à surveiller est la suivante : le retard annoncé sur mdc-WWM est attribué à des modifications réglementaires — le même type de frein pourrait affecter Olanzapine LAI, même si les deux programmes se trouvent dans des phases différentes. Stifel estime que la trésorerie de 84,8 millions d'euros suffit à financer le groupe jusqu'à l'atteinte de la rentabilité, sans lever de fonds supplémentaire. Pour le porteur actuel, la question est de savoir si tenir pendant les douze prochains mois, dans l'attente de la décision FDA, est justifié par la prime de risque offerte par le titre à 24 euros. Pour le candidat à l'entrée, la variable à surveiller avant d'agir n'est pas le cours — c'est la date de décision de la FDA sur Olanzapine LAI au quatrième trimestre 2026. Si cette approbation est confirmée, le paradoxe entre les 24 euros du marché et les 43 euros de Jefferies trouve son résolution dans les comptes du prochain exercice. Si elle est retardée, le décalage de rentabilité à 2028 devient un plancher, pas un plafond.

Link copied