OVHcloud cloud public 20%|La croissance paie-t-elle ?
Une croissance ciblée
OVHcloud accélère là où le marché du cloud est le plus stratégique : son activité de cloud public a progressé de 20 % au troisième trimestre 2026, tandis que le chiffre d’affaires total avançait de 7 %, à 289,6 millions d’euros. À première vue, c’est le signe attendu d’un acteur européen capable de profiter de la demande pour des infrastructures maîtrisées localement.
La croissance face aux coûts
Mais cette croissance ne se transforme pas automatiquement en richesse pour l’actionnaire. OVHcloud exploite 46 centres de données et sert 1,6 million de clients. Entretenir cette infrastructure absorbe 33 à 35 % des revenus. Au premier semestre, le groupe affichait une marge d’EBITDA de 40,9 %, mais sa marge opérationnelle ne dépassait pas 6,4 %. L’écart montre où se trouve le problème : l’activité paraît rentable avant les coûts lourds de l’infrastructure, beaucoup moins après.
Un avantage européen
Le marché du cloud reste dominé par Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, qui concentrent près des deux tiers des infrastructures mondiales. OVHcloud ne peut pas les égaler par les investissements. Son argument est différent : donner davantage de contrôle aux entreprises et aux administrations européennes sur leurs données, leur hébergement et leur capacité à changer de fournisseur.
Le contrat souverain
Cette promesse commence à se matérialiser. Le groupe a été sélectionné, avec deux partenaires, pour fournir un cloud souverain aux institutions européennes, dans le cadre d’un contrat pouvant atteindre 180 millions d’euros sur six ans. Ce contrat renforce la crédibilité commerciale du modèle, mais il ne prouve pas encore que chaque euro de croissance produira suffisamment de trésorerie.
Le poids du financement
C’est là que la dette nette, à 1,125 milliard d’euros, devient centrale. Le client paie pour une capacité disponible et fiable ; OVHcloud, lui, doit financer les serveurs, les réseaux, les bâtiments et leur maintenance avant de récupérer durablement le rendement de ces investissements. La croissance peut donc augmenter le chiffre d’affaires tout en retardant l’amélioration du cash-flow. C’est une interprétation du mécanisme, pas une preuve que le contrat européen suffira à résoudre le problème.
Une valorisation à relativiser
L’action reste environ 20 % sous son prix d’introduction de 18,50 euros et se négocie autour de huit fois l’EBITDA. Cette valorisation paraît modérée, mais elle reflète aussi une croissance annoncée de 5 à 7 % et un modèle gourmand en capitaux. Pour un détenteur, le point essentiel est de ne pas confondre une marge d’EBITDA élevée avec une rentabilité réellement disponible après l’infrastructure et le financement. Pour un observateur, l’intérêt du dossier dépend moins du récit de souveraineté que de sa conversion en trésorerie.
Le test du cash
Le prochain test est donc concret : OVHcloud doit maintenir la progression du cloud public tout en générant davantage de cash. Si les deux avancent ensemble, le contrat européen peut devenir un levier durable. Si le chiffre d’affaires progresse mais que les coûts et la dette restent dominants, le cloud souverain restera une promesse commerciale coûteuse. Le corps disponible ne permet pas encore de trancher cette équation.