Pétrole à 95|Budget français sous pression

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Ormuz enflamme tout

Vendredi, les marchés avaient repris espoir. Lundi, cet espoir s'était évanoui. Le Brent de la mer du Nord a bondi de 5,31% en une seule séance, à 95,18 dollars le baril, après la saisie d'un cargo iranien par les États-Unis dans le détroit d'Ormuz. Le CAC 40 a reculé de 1,12%, dans les mêmes proportions que Francfort et Milan. Ce n'est pas simplement la hausse du pétrole qui inquiète les marchés. C'est la durée.

Le détroit d'Ormuz concentre environ 20% du commerce mondial de pétrole brut. Depuis le début du conflit, l'Iran en a fermé l'accès à deux reprises, créant une menace structurelle sur les approvisionnements européens en gaz naturel et en kérosène. Les prix du gaz en Europe ont reparti à la hausse ce lundi, après une brève accalmie. Les taux d'emprunt des États européens ont eux aussi remonté, les investisseurs anticipant un regain d'inflation lié aux prix de l'énergie. Le rendement allemand à dix ans s'établissait à 2,97%, son équivalent français à 3,61%. À chaque séance marquée par la hausse du pétrole, ces chiffres progressent.

La trêve entre les États-Unis et l'Iran devait expirer mercredi. Les négociations, attendues au Pakistan, restaient incertaines quant à la participation iranienne. Trois matières premières supplémentaires — les engrais, certains plastiques industriels et l'hélium — subissent également des perturbations directes liées au blocage d'Ormuz, selon des analyses sectorielles. Si le cessez-le-feu n'est pas prolongé, la pression sur les prix de l'énergie s'intensifiera. Si un accord est conclu, le Brent pourrait refluer rapidement sous les 85 dollars, détendant simultanément les taux et les indices européens.

Paris coupe, mais jusqu'où

La crise géopolitique a une traduction directe sur les finances publiques françaises. Le gouvernement a évalué le coût de la crise énergétique à environ 4 milliards d'euros pour le seul service de la dette, en raison du renchérissement des taux. Dans ce contexte, le comité d'alerte des finances publiques devait se réunir mardi à Bercy, avec à l'ordre du jour l'annonce probable d'annulations de crédits oscillant entre 4 et 6 milliards d'euros selon les sources concordantes du Monde et des Échos.

Ce chiffre révèle une tension structurelle. Le gouvernement maintient son objectif de déficit à 5% du PIB pour 2026, et vise un retour sous les 3% d'ici 2029. Mais il a déjà revu sa prévision de croissance à la baisse, à 0,9%, et relevé son estimation d'inflation à 1,9%. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a prévenu que toute nouvelle dépense liée à la crise énergétique serait compensée par une coupe équivalente, euro pour euro. Le gouvernement a certes déboursé 130 millions d'euros en soutien immédiat — aides aux transporteurs, pêcheurs, agriculteurs et renforcement du chèque énergie — mais ce montant représente moins du dixième de la pression budgétaire identifiée.

La France est « regardée de près par les marchés », selon des économistes cités dans la presse. Si les annulations de crédits annoncées mardi atteignent les 6 milliards attendus, le signal envoyé aux investisseurs obligataires pourrait stabiliser temporairement le spread franco-allemand. Si au contraire les coupes sont jugées insuffisantes, ou si le conflit au Moyen-Orient dure au-delà de mai, le spread pourrait franchir le seuil symbolique des 70 points de base. Le premier indicateur à surveiller sera la réaction du marché obligataire dans les heures suivant la réunion de mardi.

Le pétrole, l'euro, demain

Les deux fils conducteurs de cette séance s'entrelacent. La hausse des prix de l'énergie nourrit l'inflation, qui pousse les taux à la hausse, qui alourdit le service de la dette, qui force des coupes budgétaires, qui réduisent la croissance dans un pays déjà sous pression. TotalEnergies a progressé de 1,83% ce lundi — seule grande capitalisation du CAC 40 à finir dans le vert — illustrant que cette crise redistribue les gains à l'intérieur même de l'indice.

Le poids de l'évidence pointe vers une prolongation de la pression sur les marchés européens, à condition que la trêve irano-américaine ne soit pas renouvelée. Ce scénario implique un Brent maintenu au-dessus de 90 dollars, des taux européens en hausse continue et un déficit français plus difficile à contenir. Mais ce jugement repose sur une condition précaire : l'absence d'accord diplomatique. Si les négociations au Pakistan débouchent sur une extension du cessez-le-feu, les prix du pétrole peuvent reculer de 10 à 15 dollars en quelques séances, les taux se détendre et le CAC 40 renouer avec ses niveaux de vendredi.

Les deux repères à observer : la confirmation ou non d'un cessez-le-feu prolongé d'ici mercredi soir, et la teneur de l'annonce budgétaire de mardi à Bercy. Si l'un des deux déçoit, le scénario de pression se consolide. Si les deux surprennent positivement, ce que les marchés anticipent comme une semaine difficile pourrait se retourner rapidement.

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