Pétrole et inflation|La Fed et BCE vont-elles resserrer ?
Ormuz bloque tout
Le CAC 40 a enchaîné quatre séances dans le rouge avant un rebond fragile mercredi, alors même que les nouvelles macroéconomiques américaines semblaient pointer dans une direction différente. Ce n'est pas un paradoxe de marché — c'est un signal que les investisseurs pricent désormais deux risques simultanément, et que les deux s'alimentent l'un l'autre.
Le premier risque porte un nom géographique : le détroit d'Ormuz. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient fin février, l'Iran contrôle ce passage stratégique par lequel transitent près de 20 % de l'offre pétrolière mondiale. Téhéran revendique ouvertement ce levier : un porte-parole de l'armée iranienne a déclaré mercredi que ce contrôle pourrait « doubler les revenus pétroliers » du pays. Le Brent reste ancré bien au-dessus des 100 dollars le baril — non pas à cause d'un choc d'offre ponctuel, mais parce que les marchés intègrent désormais une prime d'impasse durable.
Ce qui rend la situation structurellement différente des cycles précédents, c'est la persistance anticipée. Les économistes avertissent que même une réouverture rapide du détroit ne ferait pas refluer l'inflation immédiatement — les chaînes logistiques, les contrats à terme et les anticipations salariales ont déjà absorbé la hausse. En France, l'INSEE a confirmé une inflation de 2,2 % sur un an en avril, portée essentiellement par l'énergie. Ce chiffre a mécaniquement déclenché une revalorisation du SMIC de 2,4 % au 1er juin — soit environ 44 euros brut supplémentaires par mois. Le gouvernement Lecornu doit maintenant financer des aides aux ménages dans un contexte de finances publiques déjà tendues, ce qui ajoute une pression sur les taux souverains français.
La question que les marchés n'ont pas encore tranchée : si l'impasse à Ormuz se prolonge jusqu'à l'été, à quel niveau d'inflation les banques centrales décident-elles d'agir — et contre qui ?
Fed et BCE à la croisée
C'est précisément cette question qui fait vaciller les marchés obligataires des deux côtés de l'Atlantique, et qui explique pourquoi le rebond du CAC 40 reste aussi hésitant.
Aux États-Unis, les prix à la production d'avril ont surpris à la hausse, au lendemain d'un CPI déjà supérieur aux attentes. Le nouveau président pressenti de la Fed, Kevin Warsh, a signalé vouloir revoir le bilan de la banque centrale et son cadre de cible d'inflation — une posture qui, dans le contexte actuel, ne peut être lue que comme un signal de resserrement à venir. Les marchés de taux intègrent désormais que le prochain mouvement de la Fed pourrait être une hausse, pas une baisse.
En zone euro, le signal vient de Francfort via Berlin : le président de la Bundesbank a plaidé mercredi pour une hausse des taux de la BCE dès juin. L'argument est direct — l'inflation importée via le pétrole ne se résorbera pas seule, et l'ancrage des anticipations exige une réaction préventive. Pour les entreprises françaises à bilan tendu, une remontée des taux BCE en juin viendrait s'ajouter à la compression de marges déjà opérée par la flambée du kérosène et de l'énergie.
Ce qui déstabilise la logique habituelle de couverture, c'est que les deux grandes banques centrales pourraient se retrouver en mode restrictif simultanément — une configuration qui n'a pas existé depuis 2022, et qui avait alors précipité une correction de 15 % sur le CAC 40 en quelques semaines. La différence cette fois, c'est que le choc d'offre vient de l'extérieur, pas d'une demande excessive, ce qui rend le resserrement monétaire potentiellement contre-productif pour la croissance sans être suffisant pour contenir les prix.
Trump à Pékin : variable ou pivot ?
La troisième variable que les marchés tentent de calibrer est la plus difficile à quantifier : la visite de Donald Trump à Pékin, accompagné d'une délégation de 17 grands patrons américains dont Tim Cook, Jensen Huang et Elon Musk.
Le sommet n'est pas présenté comme une réconciliation économique — les analystes sont unanimes sur ce point. L'objectif déclaré de Trump est d'obtenir que Xi Jinping « ouvre » le marché chinois aux entreprises américaines. Mais derrière la photo officielle, la variable qui intéresse les marchés européens est différente : une désescalade sino-américaine, même partielle, pourrait réduire la pression sur les chaînes d'approvisionnement mondiales et donc atténuer le choc pétrolier indirect qui pèse sur le CAC 40.
Ce raisonnement a une limite structurelle. Le dossier iranien n'est pas entre les mains de Pékin, et Trump ne peut pas simultanément maintenir le blocus des ports iraniens et négocier une normalisation commerciale avec la Chine qui importe massivement du pétrole du Golfe. Les deux positions sont mécaniquement contradictoires — ce qui signifie que le sommet de Pékin ne peut pas desserrer la contrainte énergétique qui alimente l'inflation française et européenne.
Si les négociations débouchent sur un accord commercial partiel — même symbolique —, les valeurs exportatrices du CAC 40 exposées à la Chine, notamment dans le luxe et l'aéronautique, pourraient réagir positivement. Le seuil à surveiller est simple : le CAC 40 tient-il les 8 000 points à la clôture de vendredi ? Si Airbus ou LVMH repartent à la hausse en anticipation d'un accord, ce sera le signal que les marchés pricent une issue à Pékin. Mais si le pétrole reste au-dessus de 100 dollars et que la BCE confirme une hausse en juin, la consolidation sous les 8 000 points pourrait ne pas être une correction — ce pourrait être le début d'une réévaluation durable du régime de valorisation.
- [Les Echos Marchés] Malgré l'inflation américaine et les prix élevés du pétrole, le Cac 40…
- [Le Figaro Économie] Missiles, pêche et attente interminable : dans le détroit d’Ormuz, le…
- [Le Revenu] Choc énergétique : l’AIE met en garde contre la baisse record des stoc…
- [Capital.fr] Guerre au Moyen-Orient : comment les petits patrons tentent de s’adapt…
- [Challenges] Des emballages de chips en noir et blanc : cette conséquence inattendu…
- [Le Figaro Économie] Carburants : face à la hausse des prix à la pompe, les taxis vont rece…
- [Le Figaro Économie] La télévision plombée par un marché de la publicité en baisse sur fond…
- [FranceInfo Eco] "On ne crée pas assez d'emplois et la population active augmente" : po…
- [BFM] "Je ne suis pas du tout raciste envers les Allemands": en échec avec A…
- [Le Journal de l'Aviation] Le gestionnaire aéroportuaire kirghize confirme vouloir s’équiper de d…
- [Le Journal de l'Aviation] Korean Air et Asiana Airlines valident leur accord de fusion qui sera…
- [Le Monde Économie] L’Inde double les taxes sur l’importation d’or pour enrayer la chute d…