PMI France 52,8 plus haut depuis 2022|CAC 40 sous 8 000 points le même jour

· CAC

Le mois de mai s'ouvre sur une contradiction brutale

Ce lundi 4 mai, la Bourse de Paris a clôturé à 7 976 points, sous le seuil symbolique des 8 000 pour la première fois depuis un mois. Dans le même temps, l'indice PMI manufacturier français venait d'atteindre 52,8 en avril, son niveau le plus élevé depuis mai 2022 — soit depuis quatre ans.

Ces deux signaux sont apparus le même jour, dans le même pays. Un marché financier en décrochage. Une industrie qui tourne à son rythme le plus élevé en quatre ans. La question qui traverse toute cette séance est simple : laquelle de ces deux réalités dit la vérité sur l'économie française ?

La journée a été marquée dès l'ouverture par une information en provenance du Moyen-Orient. Selon l'agence iranienne Fars, un navire militaire américain aurait été ciblé par deux missiles dans le détroit d'Ormuz. L'armée américaine a rapidement démenti tout impact. Mais l'information a suffi. Le CAC 40, qui avait ouvert légèrement dans le vert, a décroché dans la première heure de cotation.

Le Brent a progressé de 5,19 % à 113,78 dollars le baril avant même la clôture européenne. TotalEnergies a reculé sous la pression politique, le débat sur les prix des carburants refaisant surface à Paris. Le secteur automobile a subi de plein fouet la menace de droits de douane américains portés à 25 % sur les véhicules européens, Renault et Stellantis accusant les pertes les plus nettes. Les banques ont suivi : la Société Générale a enregistré l'une des plus fortes baisses de l'indice, franchissant à la baisse sa moyenne mobile à 50 jours.

À l'inverse, le compartiment des semi-conducteurs a tenu. Soitec s'est envolé de 20,9 % après que Deutsche Bank a relevé son objectif de cours de 70 à 150 euros. STMicroelectronics a progressé de 2,15 %. Amundi, gestionnaire d'actifs, a touché un record historique à 83,05 euros dans la séance, porté par une collecte nette de 32 milliards d'euros au premier trimestre. Ces trois valeurs ont navigué dans une direction opposée à l'ensemble du marché.

C'est dans ce contexte que les données manufacturières sont arrivées. Et elles posent une question que la séance n'a pas résolue.

Un PMI record bâti sur des fondations instables

Le rebond du PMI manufacturier français mérite d'être décortiqué, car le mécanisme qui l'explique change entièrement la lecture qu'on peut en faire.

En avril, les nouvelles commandes ont progressé pour la première fois depuis mai 2022. La production a augmenté à son rythme le plus rapide depuis février 2022. L'indice final s'est établi à 52,8, contre 50,0 en mars — un bond de 2,8 points en un mois, qui place la France en tête des économies manufacturières de la zone euro sur cette période.

Mais voici le mécanisme sous-jacent que l'enquête S&P Global a mis en évidence : les entreprises ont massivement anticipé leurs achats. Leurs clients ont accéléré leurs commandes non pas parce que la demande finale a augmenté, mais pour se constituer des stocks avant que les prix ne montent davantage, et avant que les perturbations d'approvisionnement liées au détroit d'Ormuz ne s'aggravent. L'inflation des coûts des intrants a progressé à son rythme le plus rapide depuis juin 2022. Les délais de livraison se sont allongés au niveau le plus élevé depuis juin de la même année.

En d'autres termes, la hausse du PMI traduit une accélération défensive — une ruée vers les stocks — davantage qu'une reprise de la demande finale. La même dynamique s'est produite en Allemagne, où le PMI final a atteint 51,4 en avril. Mais en Allemagne, les prévisions des entreprises pour les prochains mois sont passées en territoire négatif pour la première fois depuis octobre 2024 : 29 % des entreprises anticipent une contraction de la production, contre seulement 25 % qui attendent une hausse.

Ce contraste franco-allemand est lui-même porteur d'une tension. La France affiche les meilleurs chiffres manufacturiers depuis quatre ans au moment précis où les perspectives à moyen terme se dégradent chez son principal partenaire commercial. Si les carnets de commandes actuels se vident sans être renouvelés — ce qui arriverait si la demande finale ne prend pas le relais des achats de précaution — le PMI de mai pourrait inverser la tendance aussi vite qu'il l'a établie.

La BCE a observé ce phénomène. Dans son enquête trimestrielle auprès des grandes entreprises de la zone euro, publiée lundi, l'institution a confirmé que les secteurs du transport aérien, de la logistique et de la chimie ont déjà relevé leurs tarifs dans des proportions à deux chiffres. Mais elle a également averti : si le conflit et le blocage du détroit d'Ormuz s'étendent sur plusieurs mois plutôt que sur quelques semaines, les entreprises craignent une nouvelle flambée inflationniste similaire à 2022-2023.

Ce scénario — une résurgence inflationniste prolongée — est précisément celui que le marché a commencé à intégrer lundi. Et c'est là que le PMI cesse d'être une bonne nouvelle.

Quand un record industriel devient un signal d'alerte

La question posée en ouverture de séance trouve ici une réponse provisoire, mais elle en soulève une autre.

En 2022, après l'invasion de l'Ukraine, le PMI manufacturier européen avait également bondi sur fond d'achats de précaution. L'indice français avait atteint 54,6 en mars 2022. Trois mois plus tard, en juin 2022, il était retombé à 51,4. Six mois plus tard, il était passé sous les 50 points, signalant une contraction. Le marché boursier, lui, avait anticipé ce retournement en vendant dès le premier trimestre 2022 — avant même que les données manufacturières ne se dégradent.

La divergence actuelle entre le PMI à 52,8 et le CAC 40 sous 8 000 points suggère que le marché intègre déjà le risque que cette reprise soit de courte durée. Les investisseurs semblent considérer que le niveau actuel des commandes est un pic d'anticipation, non un départ de cycle. Si cette lecture est correcte, le PMI de mai sera déterminant.

Deux variables s'imposent comme conditions de vérification. Première variable : la situation dans le détroit d'Ormuz. Chaque journée de navigation commerciale normalisée atténue le motif de stock-building défensif. Les données du Centcom indiquent que deux navires marchands battant pavillon américain ont franchi le détroit lundi — mais l'Iran a contesté cette affirmation. Tant que les annonces et démentis se succèdent, les entreprises continueront d'acheter en avance, ce qui maintiendra le PMI artificiellement élevé et l'inflation des coûts en hausse.

Deuxième variable : la BCE. Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a déclaré lundi qu'une "masse critique" de données sur l'inflation est nécessaire avant tout relèvement des taux. Les marchés anticipent désormais une hausse en juin. Si cette hausse se matérialise, elle comprimera les marges des entreprises manufacturières qui ont constitué des stocks à prix élevés — et les carnets de commandes pourraient se vider sans soutien de la demande finale.

Les éléments disponibles penchent vers un essoufflement du PMI d'ici la fin du deuxième trimestre, mais à une condition. Cette condition est que le détroit d'Ormuz reste perturbé et que la BCE remonte ses taux en juin. Si l'un de ces deux événements ne se produit pas — si un accord diplomatique stabilise le passage maritime, ou si la BCE temporise — la demande de précaution pourrait se transformer en demande réelle, et le CAC 40 aurait alors sous-estimé la résistance de l'économie française.

Le chiffre à surveiller demain : le PMI des services en France et en zone euro, publié le 6 mai. Si les services confirment l'expansion manufacturière, la divergence marché-économie réelle devient plus difficile à justifier. Si les services déçoivent, le marché aura eu raison avant les données.

Link copied