Rachat SFR 20 Mds|M6-TF1 fusion à 2,5 Mds possible ?

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SFR démantèle

Orange a terminé la semaine en tête du CAC 40 après la signature, vendredi 6 juin, d'un protocole d'accord portant sur le rachat de la totalité des actifs opérationnels de SFR pour 20,35 milliards d'euros. Ce chiffre est le plus grand dossier de fusions-acquisitions dans les télécoms françaises depuis vingt-cinq ans. Ce que le cours d'Orange ne dit pas, c'est que l'opérateur récupère la part la moins structurante : 4,9 millions de clients seulement, contre plus de 8 millions pour Free et le portefeuille B2B le plus dense pour Bouygues.

La répartition de l'effort financier révèle la hiérarchie stratégique réelle : Bouygues assume 42 % du prix, Free 31 %, Orange 27 %. Les flux d'achat sur le titre Orange lundi matin proviennent d'une rotation institutionnelle sur valeur de rendement après la finalisation du rachat de MasOrange en Espagne, non d'une conviction sur le périmètre SFR obtenu. Bouygues Telecom, qui récupère SFR Business — soit environ 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires B2B — change d'échelle sur un segment où Orange était jusqu'ici structurellement dominant.

Free, de son côté, absorbe les 6 millions de clients RED by SFR et 50 MHz de fréquences supplémentaires. Les analystes chiffrent la contribution à 2 milliards d'euros de revenus additionnels et 0,9 milliard de free cash-flow opérationnel, avec plus de 0,5 milliard de synergies. Ces synergies sont précisément ce que les autorités antitrust vont décortiquer. Les trois opérateurs se sont engagés à saisir l'Autorité de la concurrence et Bruxelles dans les prochains jours, mais les délais sont longs : clôture attendue au second semestre 2027 au plus tôt.

La vraie question que pose ce dossier n'est pas de savoir si les prix vont augmenter — les opérateurs le nient unanimement — mais de savoir quelle autorité va instruire le dossier. Orange et Free, dont le chiffre d'affaires dépasse les deux tiers hors de France, relèvent de la compétence de Bruxelles. Bouygues, lui, passe par Paris. L'issue réglementaire déterminera si les synergies de 2 milliards d'euros annoncées par les acquéreurs se matérialisent ou si des cessions d'actifs supplémentaires sont imposées.

Le marché parie actuellement que l'accord passera — la hausse d'Orange et le calme des obligations du secteur le confirment. Mais si la Commission européenne exige des remèdes structurels comparables à ceux imposés lors des consolidations en Allemagne ou en Irlande, la valeur créée pour chaque acquéreur sera significativement réduite. Le levier de positionnement reste pour l'instant du côté des acheteurs.

M6-TF1, 2028 ?

La consolidation SFR a fourni ce lundi un cadre de lecture involontaire pour comprendre pourquoi M6 a bondi de 8 % en une séance. Le Parisien a révélé ce week-end que TF1 et M6 seraient en discussions confidentielles sur une fusion, impliquant RTL Group, la banque Rothschild et le groupe CMA-CGM de Rodolphe Saadé. Le prix évoqué : 20 euros par action M6, contre 11,48 euros à la clôture vendredi, soit une prime de 74 %.

Ce qui distingue cet épisode de la tentative avortée de 2022, c'est la structure envisagée. TF1 conserverait la chaîne M6 elle-même, tandis que CMA-CGM — déjà actionnaire à 10,27 % de M6 et propriétaire de BFMTV — récupérerait W9, Gulli, 6Ter et la plateforme M6+. Ce découpage vise précisément à contourner l'obstacle antitrust qui avait bloqué la fusion précédente : les deux chaînes principales ne seraient plus détenues par la même entité.

Oddo BHF a relevé sa recommandation de "neutre" à "surperformance" avec un objectif de 18 euros, le considérant comme "très crédible". Le flux acheteur lundi est un flux spéculatif concentré sur les positions courtes en M6 — le titre affiche un rendement de dividende de 10,6 % et les vendeurs à découvert avaient une cible facile sur un groupe dont la publicité reculait de 7 % au premier trimestre. La remontée en couverture de ces positions courtes amplifie la hausse.

Le blocage reste légal : M6 ne peut pas être cédée avant mai 2028, soit cinq ans après le renouvellement de sa fréquence TNT en 2023. W9, Gulli et 6Ter ne sont cessibles qu'à partir de 2032. Pour que la transaction aboutisse dans un calendrier utile — avant la présidentielle de 2027 — une modification législative doit intervenir avant la fin de l'année 2026. C'est le nœud que les marchés valorisent aujourd'hui à 18-20 euros par action, et c'est aussi le point de rupture : si le projet de loi n'avance pas d'ici l'automne, la prime spéculative s'évapore.

SCAF : Dassault sous pression

Le même lundi où les télécoms françaises fêtaient leur consolidation, Dassault Aviation et Airbus enregistraient la mort officielle du programme SCAF. Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont acté que les deux avionneurs ne parvenaient pas à s'entendre sur le partage des tâches pour construire un successeur commun au Rafale et à l'Eurofighter. Le programme, lancé en 2017, représentait un potentiel de 100 milliards d'euros de retombées industrielles jusqu'en 2040.

Airbus a reculé de 1,1 % sur la nouvelle tandis que Dassault ne gagnait que 0,2 %. Ce décalage est lisible comme un signal de flux : les gérants sectoriels défense avaient déjà intégré depuis plusieurs trimestres l'impossibilité d'un accord industriel, et la vente s'est davantage portée sur Airbus — dont l'activité commerciale est par ailleurs pénalisée par des retards de livraison annoncés sur la famille A320neo en 2027-2028 — que sur Dassault, perçu comme bénéficiaire de facto : sans SCAF, la feuille de route Rafale reste le seul avion de combat européen en production.

Le gouvernement allemand a précisé que "le véritable noyau du FCAS" — le système de communication numérique reliant avions et drones — doit être poursuivi sous une autre forme. Safran, fournisseur clé des systèmes de navigation pour le Rafale, a pour sa part annoncé un investissement de 120 millions d'euros pour tripler sa production de gyroscopes à Montluçon, un signal que la feuille de route de défense française continue indépendamment du cadre franco-allemand.

Ce qui reste ouvert est la question du financement du successeur du Rafale à horizon 2040. L'Espagne, troisième partenaire du SCAF, n'a pas encore réagi officiellement. Si Madrid se tourne vers un programme national ou vers le Tempest britannique, Dassault perd la perspective d'un marché export garanti par un partenariat étatique. Le prix de l'action aujourd'hui ne reflète pas ce risque — le flux institutionnel sur Dassault reste de conviction sur le carnet de commandes Rafale existant.

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