Safran 2,4% sur Thundart 150 km|Laccord Iran menace-t-il la thèse défense ?

· CAC

Le contrat Thundart et ce qu'il change vraiment

Safran prend 2,4% en séance après l'annonce d'une entrée en négociations exclusives avec la DGA pour fournir Thundart, le successeur du lance-roquettes unitaire. Ce système de frappe de précision à 150 km, développé avec MBDA, vise une livraison initiale dès 2029 et 26 systèmes commandés avant 2030 pour un marché estimé à 600 millions d'euros. La question n'est pas de savoir si ce contrat est positif pour Safran — il l'est. La question est de savoir sur quelle force repose ce carnet de commandes.

Le point que le consensus rate ici : Thundart n'est pas un contrat de crise. Il résulte de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 actualisée, votée bien avant la guerre Iran–États-Unis. Safran avait également remporté la veille un contrat Skyjacker auprès d'un pays européen non dévoilé, et signé un protocole d'accord avec le conglomérat émirati Edge pour deux coentreprises de missiles. Trois contrats distincts, trois acheteurs distincts, sur une même journée à Eurosatory. Ce n'est pas un pic de crise : c'est une infrastructure de commandes pluriannuelles.

Le bottleneck qui décide de la thèse n'est donc pas le prix du pétrole ou la tension au Moyen-Orient — c'est la continuité du budget défense européen. Tant que les parlements européens maintiennent leurs engagements LPM, le carnet de Safran tient indépendamment de la diplomatie iranienne.

L'accord Iran comme faux signal baissier

L'accord de paix États-Unis–Iran signé ce 16 juin a fait reculer le pétrole de 4,7% et le WTI est retombé sous 77 dollars. La lecture automatique : si la prime de risque géopolitique disparaît, les valeurs défense corrigent. C'est la logique qui pousse à encaisser Safran aujourd'hui.

Mais cette logique repose sur une hypothèse non vérifiée dans les articles : que la hausse de Safran était principalement une prime de risque iranienne. Or, la DGA avait écarté le HIMARS américain, le Pinaka indien et le K239 Chunmoo sud-coréen pour choisir Thundart — ce choix de souveraineté industrielle n'a rien à voir avec la guerre au Moyen-Orient. Le réarmement européen face à la menace russe, confirmé à Eurosatory par la ministre des Armées Catherine Vautrin, est une dynamique indépendante du dossier iranien.

Il faut cependant nommer le vrai risque : l'accord Iran ouvre 60 jours de négociations techniques sur le nucléaire et les sanctions. Si ces négociations aboutissent à un désarmement progressif au Moyen-Orient, les parlements européens pourraient réviser leurs ambitions LPM à la baisse au nom du "dividende de paix". Ce scénario n'est pas dans les articles d'aujourd'hui — mais c'est la variable qui briserait la thèse Safran, pas l'accord de cessez-le-feu lui-même.

Pour le détenteur : la question n'est pas d'encaisser les +2,4% d'aujourd'hui, mais de surveiller si le budget LPM 2024-2030 est remis en question lors des prochains débats parlementaires. Pour le candidat à l'entrée : le signal d'achat n'est pas la tension iranienne — c'est la signature officielle du contrat Thundart post-négociations exclusives DGA, attendue dans les prochaines semaines. Tant que cette signature n'est pas intervenue, les négociations restent réversibles.

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