Safran semestre record|déjà dans le cours ?

· CAC

Un semestre record, mais déjà dans les cours

Safran vient de publier le meilleur premier semestre de son histoire. Le chiffre d'affaires atteint 17,6 milliards d'euros, en hausse de 20 % en organique, et le résultat opérationnel courant bondit de 29 % à 3,2 milliards d'euros. La marge s'établit à un niveau record de 18,4 %, contre 17 % un an plus tôt. L'action a immédiatement grimpé de plus de 3 %, à 343,50 euros, portant sa progression à plus de 15 % depuis le début de l'année.

Et pourtant, la question qui se pose n'est pas de savoir si Safran va bien. Elle est de savoir si ce bien-être est encore une surprise pour le marché. Le motoriste se traite déjà à 22,8 fois l'excédent brut d'exploitation attendu pour 2026, contre une moyenne historique de 19,1 fois sur cinq ans. Le Revenu résume la situation sans détour : un semestre record qui laisse peu de marge au titre.

D'où vient vraiment la croissance

Le moteur de cette performance n'est pas la vente d'appareils neufs, mais l'après-vente. Les livraisons du moteur LEAP, développé avec l'américain GE Aerospace pour équiper les Airbus A320neo et les Boeing 737 MAX, ont bondi de 41 % à 1 030 unités sur le semestre. Surtout, les ventes de pièces de rechange pour moteurs civils progressent de 28 % en dollars, et les services associés de plus de 40 %.

Cette dépendance à la flotte existante rend Safran relativement isolé des chocs immédiats. Olivier Andriès, son directeur général, l'a formulé sans détour : le conflit au Moyen-Orient n'a pratiquement pas affecté les performances du groupe, les activités de pièces de rechange restant bien au-dessus des prévisions d'avant-conflit. Mais cette résilience repose sur une chaîne d'approvisionnement que Safran lui-même désigne comme un point de vigilance pour tenir le rythme promis à Airbus et Boeing.

Face à cette dynamique, Safran a relevé l'ensemble de ses objectifs annuels. Le groupe vise désormais une croissance du chiffre d'affaires d'environ 15 %, contre 12 à 15 % auparavant, un résultat opérationnel courant entre 6,4 et 6,5 milliards d'euros, et un flux de trésorerie disponible entre 4,7 et 4,9 milliards. Cette révision confirme que la demande de pièces de rechange reste le véritable moteur de la thèse d'investissement, plus que tout contrat neuf.

La question que les résultats ne règlent pas

Le même jour, Olivier Andriès a livré une annonce d'une tout autre nature. Les financements consacrés au développement du moteur du SCAF, le système de combat aérien du futur, prendront fin à partir de septembre 2026. Cette décision découle de l'abandon en juin de la deuxième phase du programme, après plusieurs mois de désaccords industriels entre la France et l'Allemagne.

Safran développait ce moteur avec l'allemand MTU Aero Engines. Andriès a été clair sur les priorités du groupe : nous n'avons les ressources que pour développer un seul moteur de combat de nouvelle génération, et nous allons évidemment prioriser la feuille de route française. Il reconnaît lui-même que la question des spécifications communes entre la France et l'Allemagne reste ouverte.

En attendant les arbitrages sur le futur chasseur de sixième génération, Safran recentre son ingénierie sur l'amélioration du moteur du Rafale actuel, à travers le programme M88 T-REX, qui vise à accroître sa poussée. C'est un pari de continuité plutôt que de rupture : le groupe protège son activité défense immédiate pendant que l'avenir du programme européen reste à écrire.

Deux lectures, une seule action

Les analystes eux-mêmes ne tranchent pas de la même façon. Berenberg confirme son conseil d'achat, jugeant que les nouvelles prévisions, supérieures aux attentes, devraient entraîner des révisions à la hausse des estimations de bénéfices. Jefferies, à l'inverse, garde une recommandation de simple conservation, estimant que le relèvement des perspectives, bien que réel, était déjà largement anticipé par les investisseurs.

Ce que ce semestre confirme, c'est que la thèse Safran repose sur l'après-vente civile, pas sur les nouveaux contrats. Le point de vigilance des analystes s'est donc déplacé : ce n'est plus de savoir si Safran délivre, mais si la demande de pièces de rechange se maintient en 2027, et si la chaîne d'approvisionnement suit la cadence promise. À cela s'ajoute une question stratégique distincte et non financière, celle du moteur de combat français, dont l'arbitrage ne viendra qu'après septembre. Le titre, déjà valorisé au-dessus de sa moyenne historique, laisse peu de place à la déception sur l'une ou l'autre de ces deux questions.

Link copied