Schneider Electric 11%|La France à 0% de croissance

· CAC

Une séance parisienne sous pression, une valeur hors catégorie

Le CAC 40 a terminé la séance du jeudi 30 avril en légère hausse de 0,2 %, mais derrière ce chiffre de surface, la réalité était tout autre. Stellantis a dévissé de plus de 8 % après des résultats décevants et un flux de trésorerie disponible industriel négatif de 1,9 milliard d'euros. Les bancaires ont pesé. Le SBF 120 a cédé 0,78 %. Paris faisait figure de mauvais élève en Europe, pendant que Francfort grappillait 0,13 % et Londres progressait de 0,84 %.

Le même jour, l'INSEE publiait ses premières estimations pour le premier trimestre 2026 : croissance nulle. Zéro. L'économie française n'a pas avancé d'un centimètre entre janvier et mars, pendant que l'inflation remontait à 2,2 % en avril, tirée par une forte accélération des prix de l'énergie. « La France est clairement face à un choc stagflationniste », écrivait ce matin l'économiste Sylvain Bersinger dans les colonnes des Echos, rappelant que l'objectif gouvernemental de 0,9 % de croissance pour l'année entière semble désormais hors de portée.

C'est dans ce décor que Schneider Electric a publié ses chiffres du premier trimestre. Chiffre d'affaires record de 9,8 milliards d'euros. Croissance organique de 11,2 %. Objectifs 2026 réaffirmés. Pendant que la France stagnait, l'une de ses plus grandes entreprises industrielles enregistrait l'un de ses meilleurs trimestres de son histoire.

La question qui reste ouverte : comment une entreprise dont le siège est à Rueil-Malmaison peut-elle afficher une croissance organique à deux chiffres alors que l'économie du pays qui l'abrite ne croît plus du tout ?

Le moteur caché derrière les 9,8 milliards

La réponse est dans les deux mots que Schneider Electric a placés en tête de son communiqué : centres de données. La gestion de l'énergie, division qui pèse le plus dans le groupe, a progressé en croissance organique de 12,8 % — portée, selon Schneider, par « la forte dynamique des centres de données ».

Ce n'est pas un accident de trimestre. Depuis 2024, la demande mondiale d'infrastructures électriques pour alimenter les serveurs d'intelligence artificielle a changé de dimension. Les grandes entreprises technologiques américaines, les hyperscalers, investissent des centaines de milliards dans la construction de nouveaux data centers. Chaque data center a besoin de transformateurs, de systèmes de distribution d'énergie, de solutions de refroidissement. Schneider Electric fabrique précisément ces équipements. Sa géographie de revenus — plus de 60 % hors Europe — signifie que la stagnation de l'économie française ne touche pas directement son carnet de commandes.

Voilà le mécanisme : une entreprise cotée à Paris, exposée à la demande d'énergie mondiale générée par l'IA, dans un secteur où la capacité de production est rare et où les délais de livraison s'allongent. Ce n'est pas le CAC 40 que Schneider surveille. C'est la cadence de construction des data centers à Virginie, à Singapour, en Arabie Saoudite.

Mais il y a un point de fragilité que les marchés n'ont pas encore vraiment intégré. La BCE a maintenu ses taux directeurs inchangés à 2 % ce même jeudi, mais Christine Lagarde a signalé qu'une hausse en juin reste « une option sérieuse » face à l'inflation énergétique. Si les taux remontent dans la zone euro, le coût de financement des grands projets d'infrastructure ralentit. Les hyperscalers eux-mêmes pourraient réviser leurs plans d'investissement si le coût du capital global remonte. Ce serait le signal que le marché n'anticipe pas encore.

Ce que le premier trimestre de Schneider dit de la suite

Les records de trimestre ne durent que jusqu'au trimestre suivant. En 2000, les équipementiers télécoms avaient affiché des carnets de commandes records pendant la bulle internet — jusqu'au moment où les opérateurs ont cessé d'investir d'un coup. L'analogie n'est pas parfaite : les data centers répondent à une demande réelle d'entraînement et d'inférence d'IA, pas à une spéculation pure. Mais la concentration de la demande chez quelques grands clients expose Schneider à un risque de retournement brutal si l'un ou l'autre des hyperscalers décidait de geler ses investissements.

Les signaux à surveiller dans les prochaines semaines sont précis. Côté positif : si Microsoft, Google ou Amazon confirment leurs budgets d'investissement dans leurs résultats trimestriels du mois de mai, Schneider sera tiré avec eux. Côté négatif : si la BCE augmente ses taux en juin et que le Brent reste au-dessus de 100 dollars — il évolue autour de 108 à 111 dollars depuis plusieurs jours —, les marges des industriels européens pourraient souffrir et les projections de Schneider pour le second semestre seraient à revoir.

Les données actuelles penchent du côté de la résilience. Schneider a réaffirmé ses objectifs annuels, ses divisions les plus exposées aux data centers affichent une visibilité de commandes à plusieurs trimestres, et la rareté des équipements électriques de haute puissance lui donne un pouvoir de fixation des prix inhabituellement fort pour un industriel européen.

Mais la vraie question n'est pas de savoir si Schneider va bien aujourd'hui. C'est de savoir si la demande d'infrastructure IA peut absorber un éventuel choc de taux en juin sans ralentir. La réponse à cette question sera plus claire en mai, quand les grandes technologiques américaines publieront leurs chiffres. Et si ces chiffres déçoivent, le record du premier trimestre de Schneider ne sera peut-être plus qu'un point haut sur un graphique.

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