SMIC 45 au 1er juin|Les exonérations patronales sacrifiées pour financer la guerre ?

· CAC

Le CAC sous pression, le SMIC à la hausse : une semaine qui ne ressemble à aucune autre

Le CAC 40 a terminé la semaine du 18 mai sous les 8 000 points pour la première fois depuis plusieurs semaines, perdant 1,71% lundi à 7 976 points. Ce n'est pas la première correction de l'indice parisien cette année, mais le contexte qui l'accompagne est différent de tous les épisodes précédents.

Le détroit d'Ormuz, bloqué depuis le début du conflit israélo-américain contre l'Iran le 28 février, continue de priver les marchés mondiaux d'un cinquième de la production mondiale de pétrole. Le Brent a franchi 111 dollars lundi matin, son contrat à six mois déjà à 92 dollars — signal que les marchés ne considèrent pas cette fermeture comme provisoire. Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank, a résumé la position des investisseurs : « les rendements obligataires ont évolué de concert avec le pétrole, mais paraissent désormais légèrement supérieurs à celui-ci, suggérant un léger découplage ». Ce découplage est précisément ce qui inquiète.

Les obligations d'État françaises à dix ans ont frôlé 4% en séance, un niveau inédit depuis juin 2009. L'OAT n'avait pas affiché ce rendement depuis 17 ans. Pendant ce temps, les taux américains à 30 ans ont touché leur plus haut depuis 2007, les gilts britanniques leur plus haut depuis 1997. Pas une anomalie française : une revalorisation mondiale du risque souverain.

Sur la Bourse de Paris, Soitec s'est envolé de 20,91% dans la même semaine, porté par l'intelligence artificielle, tandis que le secteur du luxe et les banques subissaient des pressions vendeurs marquées. Publicis a tiré son épingle du jeu après l'annonce du rachat de LiveRamp, plateforme mondiale de données, et a relevé ses objectifs 2027-2028. Deux marchés coexistent dans le même indice : la tech achetée, le reste vendu.

C'est dans ce contexte — taux qui montent, pétrole à 111 dollars, CAC sous les 8 000 — que le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a confirmé sur France Info une hausse du SMIC de 2,45% au 1er juin. Soit 44,7 euros brut supplémentaires par mois pour un salarié à temps plein, portant le minimum horaire à 12,30 euros. Et c'est là que la mécanique devient difficile à lire.

44,7 euros de plus pour les salariés, mais à quel prix pour les PME — et pour qui les paie vraiment ?

La hausse du SMIC n'est pas une décision politique discrétionnaire. La loi impose une revalorisation automatique dès que l'inflation dépasse 2% depuis la dernière hausse, calculée sur l'indice des prix des ménages les plus modestes. Avec la flambée des carburants et des denrées alimentaires alimentée par le blocage d'Ormuz, le seuil a été franchi mécaniquement. Aucun arbitrage politique n'était nécessaire.

Mais ce mécanisme automatique déclenche une chaîne d'ajustements qui, cette fois, tombe au mauvais moment avec une précision remarquable. À chaque hausse du SMIC, le nombre de salariés au minimum légal augmente mécaniquement, élargissant la base des allègements de cotisations patronales accordés sur les bas salaires. Ces exonérations — le dispositif Fillon élargi — réduisent d'autant les recettes de la Sécurité sociale. L'État compense partiellement. C'est l'équilibre qui a permis aux PME d'absorber les hausses successives du SMIC depuis 2020.

Or, le Medef, la CPME, l'U2P et l'Afep ont adressé à Bercy un message conjoint : le gouvernement réfléchit à réduire ces exonérations pour financer une partie des dépenses liées au conflit en Iran. Ce n'est pas un détail de calendrier. L'Assemblée nationale venait précisément d'adopter le 19 mai, à 440 voix contre 122, l'actualisation de la loi de programmation militaire — 36 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2030, portant l'enveloppe totale à 436 milliards. La ministre des Armées Catherine Vautrin a invoqué « la nécessité d'accélérer, de densifier notre effort de réarmement ». Ces 36 milliards doivent sortir de quelque part.

Ce qui se dessine n'est pas une coïncidence de calendrier. C'est une compression simultanée de la trésorerie des PME par deux leviers actionnés au même moment : la hausse obligatoire du SMIC augmente le coût salarial, et la menace de suppression des exonérations retire le mécanisme d'absorption qui rendait cette hausse soutenable. Les fédérations patronales l'ont formulé sans ambiguïté : « toucher aux exonérations de charges ou alourdir la fiscalité serait une erreur — les entreprises sont déjà fragilisées par la hausse des coûts, par les tensions sur les marges, et par les négociations salariales qui vont inévitablement suivre la revalorisation du SMIC ».

La condition sous laquelle cette pression devient absorbable existe : si les négociations salariales de branche s'ajustent rapidement au-dessus du nouveau SMIC, les entreprises récupèrent de la marge sans passer par les exonérations. Mais si les branches restent en dessous du seuil légal — comme c'est souvent le cas dans les premiers mois après une hausse — ce sont les PME les moins capitalisées qui encaissent le premier. L'ajustement des branches est la variable que les marchés n'ont pas encore pricée.

36 milliards militaires, 4% sur l'OAT, 45 euros de SMIC : qui tient le flux le plus longtemps ?

La question que les 25 points de base de hausse de l'OAT en une semaine posent sans réponse est celle-ci : si l'État français finance simultanément un réarmement de 36 milliards, absorbe la hausse du SMIC via les transferts sociaux, et perd des recettes de cotisations si les exonérations restent en place, à quel taux l'OAT devra-t-elle financer ce programme d'ici 2030 ?

Le parallèle le plus proche est celui de 2011-2012, quand les taux français avaient grimpé au-dessus de 3,5% dans le contexte de la crise de la zone euro. À l'époque, le spread avec le Bund s'était écarté jusqu'à 150 points de base. Aujourd'hui, le rendement allemand à dix ans est à 3,19% et le rendement français à 3,83% — un écart de 64 points de base. En 2011, cet écart préfigurait une pression durable sur les finances publiques françaises, avant que l'intervention de Mario Draghi en juillet 2012 referme le différentiel. Cette fois, il n'y a pas de Draghi annoncé au tournant.

L'élément que les marchés intègrent lentement est la superposition des chocs. Le conflit en Iran comprime les recettes fiscales via la stagflation, accroît les dépenses militaires via la LPM, alimente l'inflation qui déclenche automatiquement la hausse du SMIC, qui à son tour pèse sur les cotisations sociales au moment où l'État en a le plus besoin. Florian Ielpo de Lombard Odier l'a formulé en termes de marché : « le Brent est à plus de 50% au-dessus de ses niveaux d'avant-guerre ». Chaque dollar supplémentaire sur le Brent est un euro de moins dans les marges des PME françaises, et une pression supplémentaire sur un mécanisme SMIC dont le déclencheur est précisément l'inflation pétrolière.

La question de demain est la suivante : le gouvernement annoncera-t-il la révision des exonérations patronales dans le cadre du budget 2027, ou reportera-t-il la décision après les élections présidentielles — la LPM devant être examinée par le Sénat à partir du 2 juin, la trajectoire budgétaire sera elle-même rediscutée avant l'été. Si les exonérations sont maintenues, les PME absorbent la hausse du SMIC mais l'État finance le différentiel par de la dette à un OAT qui approche 4%. Si les exonérations sont réduites, les PME encaissent les deux chocs simultanément et les négociations salariales d'automne partent d'un plancher plus élevé.

Le benchmark à surveiller n'est pas le niveau de l'OAT — c'est le spread OAT-Bund. À 64 points de base ce jour, il reste inférieur aux pics de 2011. Mais si le gouvernement actait la suppression partielle des exonérations avant la présidentielle, les marchés obligataires réévalueraient instantanément la trajectoire de dette française — et le différentiel avec l'Allemagne redeviendrait le baromètre que les institutionnels surveillent en premier.

Ce qui invaliderait ce scénario n'est pas un retrait des troupes du détroit d'Ormuz. C'est la capacité des PME à relever leurs prix de vente suffisamment vite pour absorber le choc salarial — ce que l'environnement stagflationniste actuel, où la demande intérieure faiblit pendant que les coûts montent, rend précisément difficile à exécuter.

Link copied