Soitec -13% objectif 89%|valorisation IA dépassée ?

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Une séance parisienne tiraillée entre l'Iran et les semi-conducteurs

Ce mercredi, la Bourse de Paris a ouvert sous tension. L'inflation américaine venait d'atteindre 4,2 % en glissement annuel, son plus haut depuis avril 2023. Conforme aux attentes des économistes, le chiffre n'a pas bousculé les anticipations de taux à une semaine du prochain comité de la Réserve fédérale — mais il a rappelé que la guerre au Moyen-Orient continue d'alimenter les prix à la consommation. Le Brent progressait de moins de 1 %, le CAC 40 reculait modérément, pressé par les valeurs technologiques.

Dans cette séance mixte, deux titres semi-conducteurs ont suivi des trajectoires opposées. STMicroelectronics progressait de près de 1,5 %, porté par le rehaussement de Bank of America de "neutre" à "acheter" avec un objectif de 86 euros. Bank of America estimait que le marché sous-estimait la capacité bénéficiaire du groupe franco-italien de 30 % à 43 % pour la période 2026-2028, citant le boom des interconnexions optiques, les satellites en orbite basse et la reprise automobile. Le titre affichait déjà 176 % de hausse depuis janvier.

À quelques dizaines de kilomètres de distance dans l'écosystème parisien, Soitec s'effondrait de 13 % à 121 euros en début de séance. Le spécialiste grenoblois des matériaux semi-conducteurs avait, lui, reçu deux notes d'analystes. La raison du décrochage n'est pas immédiatement celle qu'on attendrait.

Objectif relevé, recommandation dégradée — la mécanique qui a déclenché la vente

Jefferies a dégradé Soitec de "conserver" à "sous-performance". Simultanément, le même broker a relevé son objectif de cours de 45 euros à 85 euros — une hausse de 89 %. Berenberg a de son côté maintenu "conserver" tout en portant son objectif de 28 à 138 euros. Les deux brokers confirment donc que la technologie Photonics-SOI de Soitec a une valeur croissante dans les infrastructures d'IA. Ils relèvent même leurs cibles. Pourtant, c'est précisément ce mouvement qui a déclenché le flux vendeur.

Le positionnement derrière ce mouvement devient lisible quand on trace un cran en amont. Jefferies écrit que l'action Soitec se négocie avec une prime de 85 % par rapport à ses pairs sur la base du ratio VE/EBITDA 2027. L'objectif relevé à 85 euros ne représente plus que 30 % de hausse depuis les niveaux de l'époque — et l'action avait bondi de plus de 500 % depuis le début de l'année, franchissant 192 euros fin mai. Les détenteurs qui avaient entré le titre sur la thématique IA photonique avaient donc une action dont le prix intégrait déjà un scénario que les brokers eux-mêmes n'osent pas encore chiffrer avant 2030.

La prémisse que le marché avait intégrée était la suivante : Photonics-SOI représenterait une part suffisamment importante du chiffre d'affaires pour justifier une valorisation d'infrastructure IA. Jefferies invalide cette prémisse : la division ne pesait que 15 % des revenus en FY2026. Sa croissance de 30 à 40 % par an est réelle, mais insuffisante pour compenser la faiblesse des segments RF-SOI et des marchés smartphone et automobile en 2027-2028. Les prévisions d'EBIT de Jefferies pour FY2028-2029 sont inférieures de plus de 40 % au consensus actuel.

Ce n'est donc pas la technologie qui est remise en cause. C'est le calendrier. Berenberg confirme que d'ici FY2028, les revenus IA devraient dépasser ceux des communications mobiles — mais cet horizon est encore à deux ans. La question qui reste suspendue dans l'air après cette dégradation : est-ce que le marché parisien a simplement avancé l'horloge du scénario 2028 au cours de l'année 2026, ou y avait-il une autre logique de valorisation à l'œuvre ?

Quel cadre d'évaluation survit à 2030 comme horizon de vérification ?

La tension que cette séance laisse ouverte dépasse Soitec. STMicroelectronics, sur le même marché parisien, le même jour, a reçu une upgrade d'une banque de premier rang pour les mêmes moteurs IA — interconnexions optiques, satellites LEO, capacités de production sous-utilisées. Bank of America voit STM atteindre 86 euros. La différence entre les deux cas tient à l'horizon de monétisation. STM dispose déjà d'une exposition diversifiée avec des revenus optics, LEO et automobile simultanément ; sa valorisation de 62 euros au moment de la note intègre une trajectoire déjà partiellement matérialisée sur FY2026-2028. Soitec, elle, est valorisée sur un scénario où 85 % de ses revenus actuels restent exposés à des marchés déclinants pendant encore deux exercices.

En parallèle, Berenberg notait que Besi, son pair néerlandais, présente "une activité de plus haute qualité" et une exposition IA plus directe. Ce repositionnement de préférence entre pairs — de Soitec vers Besi dans la note de Berenberg — signale que le capital IA photonique ne sort pas du segment, mais migre à l'intérieur du segment vers des actifs dont le ratio revenus IA / revenus totaux est déjà plus favorable. Qui n'a pas encore confirmé ce repositionnement ? Les détenteurs domestiques qui ont construit leur position sur le récit photonique depuis mars et n'ont pas encore arbitré vers des alternatives LEO ou data center directes.

L'élément de vérification concret pour les prochaines semaines est double. Premier point : la prochaine communication de résultats de Soitec, attendue en juillet-août, donnera la part effective de Photonics-SOI dans les revenus FY2026 — si elle dépasse les 18-20 %, la dégradation de Jefferies perdra une partie de sa base empirique. Deuxième point : le seuil de 100 euros à la baisse reste une zone technique surveillée par les brokers, sachant que l'objectif de Jefferies à 85 euros sous-entend encore 15-20 % de baisse depuis les niveaux post-chute.

Le scénario de continuation de la pression vendrice tient si la part Photonics-SOI dans les revenus H2 2026 reste en dessous de 18 % et si les segments smartphone et automobile ne montrent pas de signes de reprise anticipée. Le scénario de rebond tient si les premiers contrats Co-Packaged Optics signalés pour FY2027 sont quantifiés plus tôt qu'attendu — Jefferies lui-même reconnaît que c'est "l'adoption des CPO qui est limitée jusque-là", pas la technologie elle-même. Ce n'est donc pas la technologie Soitec que le marché parisien a sanctionnée ce mercredi. C'est la distance entre le prix et le calendrier. Si ce calendrier s'accélère, la dégradation de Jefferies devient, à son tour, le signal que le marché aura mal lu.

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