Sommet Pékin Ormuz|Rebond CAC 40 jusquoù ?

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Accord sur Ormuz

Le CAC 40 a clôturé jeudi à 8 082 points, en hausse de 0,9 %, pendant que le pétrole reculait. Cette divergence — actions en hausse, pétrole en baisse — n'est pas contradictoire. Elle pointe un réalignement précis des primes de risque.

Le Brent évoluait à 104,92 dollars en fin de séance, en repli de 0,7 %, alors que l'AIE avait le matin même alerté sur un déficit d'offre de 3,9 millions de barils par jour en 2026 — soit plus du double de ses estimations d'avril. Dans un marché rationnel, cette révision aurait dû pousser les cours à la hausse. Ce n'est pas ce qui s'est produit.

La raison : le sommet Trump-Xi à Pékin a produit un accord explicite sur le détroit d'Ormuz. La Maison Blanche a confirmé que les deux présidents s'étaient entendus pour que « le détroit reste ouvert afin de garantir la libre circulation de l'énergie ». Xi Jinping a exprimé l'opposition de Pékin à toute militarisation du passage et à tout système de péage. C'est le premier engagement sino-américain conjoint sur Ormuz depuis le début du conflit en février.

Ce signal a suffi pour que les investisseurs institutionnels européens, qui avaient surpondéré les valeurs pétrolières en couverture depuis mars, allègent leurs positions et réallouent vers les valeurs industrielles et technologiques françaises. Vallourec a signé un plus haut de six ans à 27,67 euros après ses résultats. STMicroelectronics a atteint un sommet de cinq ans à 54,32 euros, soit une hausse de 132 % sur un an, portée par la réduction de la prime de risque géopolitique sur les chaînes d'approvisionnement semi-conducteurs.

Le secrétaire au Trésor américain Bessent a déclaré sur CNBC que la Chine « œuvrerait en coulisses » pour pousser l'Iran à rouvrir le détroit — Pékin étant le premier importateur mondial de brut et l'acheteur quasi exclusif du pétrole iranien. Ce levier chinois sur Téhéran, s'il se confirme, est le mécanisme qui change l'équation énergétique.

Mais l'accord verbal n'est pas une réouverture. Le même jeudi, un navire a été arraisonné à 70 kilomètres au nord-est de Fujaïrah par des hommes armés iraniens et dirigé vers les eaux territoriales de Téhéran. Ce navire, identifié comme le Hui Chuan battant pavillon hondurien, servait de dépôt d'armes flottant pour des sociétés de sécurité maritime. L'Iran a simultanément annoncé autoriser les navires chinois à traverser — 30 transits depuis mercredi soir selon les médias iraniens — sans fournir de liste précise des autorisations.

Ce que l'accord de Pékin laisse sans réponse est plus révélateur que ce qu'il tranche : si la Chine peut ouvrir le détroit pour ses propres navires, cela ne garantit pas la réouverture pour les tankers des pays tiers. La prime de risque qui a quitté le pétrole ce jeudi s'est peut-être déplacée trop vite.

Signal ambigu Iran

L'ouverture sélective du détroit par l'Iran révèle la mécanique de pression que Téhéran exerce sur ses partenaires commerciaux, et c'est cette mécanique qui change l'interprétation de la journée.

L'Iran a laissé passer les navires chinois en s'appuyant sur ses accords bilatéraux avec Pékin — non en réponse à la pression américaine. Un général des Gardiens de la révolution a confirmé que les pétroliers ne pouvaient franchir le détroit « sans autorisation de l'Iran ». Téhéran maintient donc le principe du contrôle même en accordant des transits. C'est la souveraineté sur la navigation qu'il revendique, pas une réouverture commerciale.

Conséquence directe pour les marchés énergétiques : les flux de GNL vers l'Asie restent fractionnés. Un méthanier qatarien, l'Al Kharaitiyat, a livré sa première cargaison au Pakistan le 11 mai via la route septentrionale approuvée par Téhéran — une livraison présentée comme historique parce que les précédentes tentatives avaient été bloquées depuis février. Ce transit isolé illustre l'état du marché : chaque passage réussi est un événement, pas une normalité.

Les flux de capitaux ont reflété cette ambiguïté. Les valeurs énergétiques françaises — Total Energies en particulier — ont reculé lors de la publication de l'accord de Pékin, avant de récupérer partiellement en fin de séance quand la saisie du Hui Chuan a été confirmée. Les investisseurs à court terme ont vendu la détente diplomatique ; les fonds long terme ont maintenu leur exposition, interprétant la saisie comme un signal de persistance du risque d'offre.

L'AIE a révisé ses projections de déficit de 1,5 million à 3,9 millions de barils par jour pour 2026. Cette révision implique que même si Ormuz s'ouvre partiellement, les stocks mondiaux resteraient en contraction structurelle jusqu'à fin 2026. La demande, elle, commence à fléchir — l'AIE anticipe une contraction de 80 000 barils par jour cette année, sous l'effet des prix élevés. Ce ciseau entre déficit d'offre et demande qui s'effrite est la configuration la plus difficile à lire pour les marchés.

Si l'accord de Pékin produit une réouverture réelle du détroit d'ici la réunion de l'OPEP du 28 mai, le Brent pourrait corriger sous les 95 dollars, retournant la dynamique favorable aux valeurs industrielles exportatrices du CAC 40. Si au contraire l'Iran maintient ses conditions d'autorisation sélective, le Brent tient au-dessus de 100 dollars et la prime énergie revient sur les marchés actions.

Warsh et taux français

Derrière le rebond du CAC 40 se cache une tension de taux que le sommet Trump-Xi a temporairement masquée.

Le Sénat américain a confirmé Kevin Warsh à la présidence de la Fed par 54 voix contre 45 — la marge la plus étroite de l'histoire pour un chef de banque centrale américaine. Warsh remplace Jerome Powell, qui restera gouverneur sans rôle public. Le vote, acquis grâce à un seul démocrate — John Fetterman de Pennsylvanie — reflète une rupture de la tradition bipartisane qui entourait les nominations à la Fed.

Les marchés avaient anticipé la confirmation. Ce qui n'était pas anticipé, c'est l'absence de signal dovish de Warsh lors de ses déclarations d'investiture. Avec un IPC américain à 3,8 % et le pétrole structurellement élevé, la trajectoire vers des baisses de taux reste incertaine. Les économistes n'attendent pas de réduction avant septembre au plus tôt, même en cas d'accord de paix iranien. Le marché des futures intègre désormais 35 % de probabilité d'une hausse des taux d'ici décembre.

Ce risque de hausse américaine se transmet directement aux taux français. Le taux des OAT françaises à 30 ans a franchi le seuil de 5 % — un niveau inédit depuis 2007. Cette remontée ne reflète pas seulement la prime de risque iranienne ; elle intègre l'incertitude sur la trajectoire de la Fed sous Warsh et l'endettement public français dans un contexte de chômage à 8,1 % au premier trimestre 2026, son plus haut niveau depuis cinq ans.

Les flux institutionnels montrent que les investisseurs étrangers ont réduit leur exposition aux OAT depuis début mai, ce qui a soutenu le mouvement de remontée des taux longs. Les fonds domestiques ont partiellement absorbé ces sorties, mais le niveau de 5 % sur les OAT 30 ans constitue une ligne d'alerte pour les valeurs financières cotées au CAC 40 — notamment les assureurs comme Amundi, dont l'action a signé un record historique à 86,45 euros avant de se stabiliser.

Le test décisif aura lieu le 17 juin, date de la première réunion du FOMC présidée par Warsh. S'il maintient les taux et supprime le forward guidance — ce que ses déclarations antérieures laissent anticiper — les marchés européens pourraient interpréter ce silence comme un durcissement implicite. Le CAC 40 à 8 082 points reste à 120 points d'un seuil technique clé à 8 200 ; si les OAT 30 ans restent au-dessus de 5 % lors de cette réunion, le franchissement de ce seuil devient conditionnel à une réouverture réelle d'Ormuz — et non à la seule diplomatie de Pékin.

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