SpaceX 60% sur 5Mds de pertes|911 millions dactions prêtes à sortir

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La valorisation qui défie l'arithmétique

SpaceX vaut désormais 2 800 milliards de dollars, soit l'équivalent du PIB français, pour une entreprise qui a perdu 5 milliards de dollars l'an dernier. En trois séances depuis son IPO du 13 juin, le titre a bondi de plus de 60%, propulsant Elon Musk au rang de premier trillionnaire de l'histoire. La clé de cette anomalie n'est pas dans les fondamentaux — elle est dans la structure même du flottant : moins de 5% du capital total de SpaceX circule réellement sur le marché. Sur les 13,1 milliards d'actions SpaceX existantes, seulement 638,9 millions ont été introduites en Bourse. Quand la demande des seuls investisseurs particuliers atteignait 80 milliards de dollars le jour de l'IPO, cette rareté a agi comme un amplificateur brutal. Ajoutez à cela l'annonce mardi du rachat de Cursor, l'éditeur de code IA, pour 60 milliards de dollars supplémentaires en actions, et les acheteurs ont vu une confirmation de la thèse : SpaceX construit la chaîne de valeur complète de l'IA, des puces aux outils pour développeurs. L'analyste Andreas Lipkow de CMC Markets pose néanmoins la question directement : une perte de 5 milliards annuels "exige une bonne dose d'imagination pour justifier une telle valorisation". Ce n'est pas une critique, c'est un avertissement sur ce que le marché parie réellement — non pas les flux d'aujourd'hui, mais l'option sur les flux de demain. Et c'est exactement là que le mécanisme des lockups change tout.

Le retour de bâton programmé dans le prospectus

Le prospectus d'introduction de SpaceX contient 17 clauses de lockup, et la première est la plus redoutable. Elle prévoit que jusqu'à 911,5 millions d'actions pourront être vendues dès le deuxième jour suivant la publication des premiers résultats financiers post-IPO — attendus en juillet ou en août prochain. Pour mettre ce chiffre en perspective : le flottant actuel est de 638,9 millions d'actions. La première clause à elle seule pourrait déverser 43% d'actions supplémentaires sur le marché en quelques semaines. Morningstar qualifie ce système d'"étalement progressif conçu pour réguler, non bloquer" les ventes. Mais réguler ne signifie pas neutraliser : une deuxième clause libère jusqu'à 455 millions d'actions supplémentaires si le cours de SpaceX dépasse de 30% son prix d'introduction de 135 dollars sur cinq des dix prochaines séances. À 208 dollars mardi, SpaceX était déjà 54% au-dessus de ce seuil d'introduction — la condition est donc mécaniquement remplie. Ce qui est paradoxal, c'est que c'est la hausse du titre elle-même qui active ces seuils de déblocage anticipé. Le marché achète la rareté, mais la rareté achète le temps, pas la permanence. L'analyse de Morningstar qui rassure les bulls et l'avertissement implicite du prospectus qui alerte les bears reposent sur le même document — la divergence porte sur le rythme réel des ventes quand les lockups tomberont. La contre-évidence existe : Cursor rapporte déjà 4 milliards de dollars de chiffre d'affaires annualisé et sa croissance est documentée. Si xAI réussit l'intégration technique, la thèse fondamentale se renforce avant la vague de lockups. Mais l'intégration technologique de Cursor — qui fonctionne aujourd'hui avec Claude et Gemini — dans l'écosystème Grok n'est pas acquise, et Cursor doit son succès précisément à sa neutralité multi-modèles. Ce que le détenteur doit surveiller, c'est la date de publication des premiers résultats : c'est elle, et non les annonces de rachat, qui déclenche le compteur des 911 millions d'actions. Ce que l'investisseur en attente doit surveiller, c'est si le cours tient au-dessus de 175 dollars dans les semaines précédant cette publication — en dessous, la pression vendeuse se concentre ; au-dessus, le seuil de la deuxième clause reste activé et les vendeurs historiques arbitreront. L'invalidation de ce scénario de pression : que la demande institutionnelle absorbe le déblocage sans que le cours cède — ce qui s'est produit lors d'IPO tech récentes, mais jamais sur un flottant initial aussi étroit que celui de SpaceX. La date des premiers résultats financiers post-IPO est le seul calendrier qui compte.

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