SpaceX IPO 1 770 Mds|Eramet et Air France sous tension de réallocation

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L'IPO du siècle

SpaceX a ouvert à 150 dollars vendredi sur le Nasdaq, 11 % au-dessus du prix d'introduction de 135 dollars, avant de grimper vers 168 dollars en séance — franchissant brièvement la barre des 2 000 milliards de capitalisation. Ce n'est pas la hausse du premier jour qui mérite l'attention : c'est que 70 % des 75 milliards levés ont été attribués à des investisseurs de long terme et fonds souverains, laissant un flottant inhabituellement réduit sur le marché secondaire. Un flottant étroit face à une demande institutionnelle estimée à 350 milliards de dollars génère une pression d'achat mécanique que les indices indiciels vont prolonger — le Nasdaq 100 intégrera SPCX en priorité accélérée, déclenchant des achats passifs sur les fonds ETF sans qu'aucune décision active ne soit prise. Campbell Harvey, professeur à Duke University, souligne que cette intégration accélérée va amplifier mécaniquement la demande dans un flottant restreint, créant une distorsion de valorisation sans précédent sur la gestion passive. Le ratio cours/chiffre d'affaires de 94 fois les revenus 2025 — contre une médiane sectorielle de 8 — signale que le marché ne price pas SpaceX sur ses fondamentaux actuels mais sur la prémisse que Starlink, avec ses millions d'abonnés dans 164 pays, reproduit la trajectoire de croissance des abonnements qui a fait Tesla. Ce n'est pas une évaluation ; c'est un pari sur un régime de valorisation entier. La conséquence directe pour les portefeuilles institutionnels européens est que les flux passifs d'ETF exposés au Nasdaq — notamment via les fonds indiciels grand public distribués en France — vont désormais transporter une exposition involontaire à un titre dont le flottant ne peut pas absorber les ordres de rééquilibrage sans volatilité asymétrique. ASML, qui a franchi 630 milliards de capitalisation vendredi pour devenir la première capitalisation européenne, illustre déjà comment le sentiment SpaceX se propage aux fournisseurs de semi-conducteurs : les flux ne ciblent pas ASML pour ses fondamentaux ce jour-là, mais parce qu'il reste le seul vecteur coté en Europe pour capter la thèse d'infrastructure IA. Ce que l'IPO SpaceX ne règle pas, c'est la question de savoir si le capital institutionnel mondial se contente d'acheter ce seul ticket ou s'il recherche simultanément des actifs réels — ressources, infrastructures — que la domination spatiale et IA rend stratégiques.

Eramet, terrain d'une rivalité

La réponse est venue du Financial Times le même jour : Orion Critical Mineral Consortium, doté de 1,8 milliard de dollars et soutenu par Washington et Abu Dhabi, envisage de racheter tout ou partie des 37 % détenus par la famille Duval dans Eramet. Le titre a bondi de 11 %, signant l'un des meilleurs rebonds du SBF 120 sur la séance. Ce mouvement n'est pas un rebond de short-covering — c'est une réestimation de la valeur de contrôle d'actifs que le marché sous-pondérait depuis dix-huit mois. Eramet produit du lithium en Argentine, du nickel en Indonésie, du manganèse au Gabon : exactement les minerais que les pays alliés cherchent à sécuriser hors de la chaîne d'approvisionnement chinoise. Le contexte d'Eramet est pourtant fragile : perte nette de 477 millions d'euros en 2025, endettement élevé, augmentation de capital de 500 millions autorisée fin mai, deux départs de direction en quelques semaines. Orion CMC ne vient donc pas en position de force de l'acquis — il arrive sur une société en fragilité structurelle, ce qui explique que le rachat cible les parts familiales et non un contrôle direct. L'État français, deuxième actionnaire, n'a pas encore exprimé sa position, et c'est là que le flou de valorisation persiste : si Paris perçoit Eramet comme un actif stratégique à protéger — comme il l'a fait pour d'autres industriels de défense — la négociation entre famille Duval, Orion CMC et l'État déterminera si la prime de contrôle se maintient ou se referme. Les acheteurs institutionnels qui sont entrés sur le titre vendredi ont payé une prime sur l'annonce d'une intention, pas sur un accord signé. Ce que le rebond d'Eramet révèle sur la journée, c'est que le capital en réallocation depuis les obligations souveraines ne cherche pas seulement les méga-capitalisations technologiques — il cherche aussi les ressources physiques dont cette infrastructure technologique dépend. La question qui reste ouverte est de savoir si la baisse des cours du pétrole, simultanée à ce mouvement, amplifie ou contredit cette logique de réallocation vers les actifs réels.

Iran, pétrole, Air France

Le Brent a cédé plus de 4 % vendredi, tombant sous 87 dollars le baril — son plus bas depuis les premiers jours du conflit, soit une baisse de plus de 30 % par rapport au pic. Le déclencheur est une déclaration de Donald Trump annonçant un accord-cadre possible dès le week-end avec l'Iran, incluant la réouverture du détroit d'Ormuz sous trente jours et la levée des sanctions pétrolières. Air France-KLM a bondi de 9 % dans ce sillage, cassant la résistance à 11,74 euros que le titre n'avait pas franchie depuis le début du conflit. Ce mouvement révèle une structure de positionnement qui s'était construite à sens unique depuis l'escalade : les fonds avaient vendeurs nets sur les valeurs aériennes en couverture du risque énergie, et ce positionnement court se dénoue mécaniquement dès que le signal de détente émerge. La logique est directe — le carburant représente le poste de coût le plus sensible du secteur aérien, et chaque dollar de recul du baril améliore les marges opérationnelles sans délai de transmission. Ben Smith, directeur général d'Air France-KLM, s'exprimait vendredi au Paris Air Forum : il a réaffirmé l'ambition d'une prise de contrôle majoritaire dans SAS avec Castlelake, et écarté toute offre immédiate sur easyJet — mais sans fermer définitivement la porte, précisant qu'Air France-KLM "examinerait toute proposition si approchée". Ce que Smith n'a pas résolu, c'est la question de la compétitivité structurelle face aux compagnies du Golfe, qui n'ont ni l'ETS ni le surcoût SAF intra-européen. La baisse du pétrole allège la pression immédiate, mais la distorsion réglementaire entre les hubs européens et ceux de Dubaï ou Doha reste entière. La vérification à surveiller : si l'accord Iran se signe dimanche à Genève et que le Brent consolide sous 85 dollars la semaine prochaine, la dynamique de couverture sur Air France-KLM se prolonge. Si Trump revient sur sa déclaration — comme il l'a déjà fait plusieurs fois — le rebond de vendredi sera entièrement corrigé dans les premières minutes de la séance lundi, et le positionnement court se reconstituera plus vite qu'il ne s'est défait.

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