Stellantis 40% objectif JPMorgan|Leapmotor 69% cache la fracture européenne

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Le paradoxe de la dégradation

Stellantis a plongé de 1,8% en pré-marché ce jeudi 9 juillet après que JPMorgan a dégradé le titre de Surpondérer à Neutre et a presque divisé par deux son objectif de cours, le ramenant de 10 euros à 6 euros. Ce mouvement tranche avec la trajectoire opérationnelle visible : au premier trimestre 2026, le groupe a renoué avec les bénéfices, affiché un chiffre d'affaires en hausse de 6% à 38,1 milliards d'euros et une marge opérationnelle ajustée de 2,5%, au-dessus du consensus fixé à 1,8%.

La même semaine, Stellantis publiait les chiffres de sa filiale chinoise Leapmotor : 375 000 véhicules vendus sur les six premiers mois de l'année, soit une hausse de 69% par rapport au premier semestre 2025. Ce résultat positionne Leapmotor comme le principal moteur de croissance du groupe franco-italo-américain. C'est précisément là que réside la contradiction : JPMorgan coupe Stellantis au moment même où cette source de croissance affiche sa meilleure dynamique.

L'analyste Jose Asumendi de JPMorgan l'écrit noir sur blanc : Stellantis utilise ses partenaires chinois, Leapmotor et DongFeng, pour occuper la capacité de ses usines européennes, évitant ainsi des restructurations coûteuses. Motor1 présente cette même réalité comme une bouée de sauvetage ingénieuse. La question n'est donc pas de savoir si Leapmotor croît — elle croît — mais si cette croissance peut réellement remplacer la réforme structurelle que ses concurrents, eux, ont déjà engagée.

Leapmotor — béquille ou relais de croissance ?

La trajectoire de Leapmotor est spectaculaire : de 144 200 véhicules en 2023 à près de 600 000 en 2025, soit un quasi-quadruplement en deux ans. Les exportations représentent désormais environ un tiers des ventes totales, portées par la joint-venture que Stellantis contrôle à 51%. Sur les six premiers mois de 2026, les ventes mondiales de Leapmotor s'élèvent à 375 000 unités, en hausse de 69% — une dynamique que les principales marques du groupe ne reproduisent pas.

Mais l'analyste de JPMorgan soulève un point critique : là où Volkswagen et BMW sont déjà en négociations avancées avec les syndicats pour ajuster leurs capacités, Stellantis choisit de remplir ses usines européennes avec la production de marques chinoises partenaires. Ces deux approches divergent sur un point décisif : la restructuration produit du levier opérationnel durable à mesure que les volumes augmentent, tandis que la délégation à des partenaires maintient les coûts fixes sans les éliminer.

JPMorgan a réduit ses estimations de bénéfices en moyenne de 30% pour les exercices 2026 à 2028. La raison centrale : l'absence de réductions majeures de capacités en Europe et en Amérique du Nord empêche un retour rapide des marges. L'analyste estime que Stellantis opère ses activités européennes à flux de trésorerie neutre — évitant les sorties massives liées à une restructuration, mais repoussant le moment où les économies se concrétisent.

Le calendrier d'Asumendi est précis : il faut environ 14 mois avant que les économies sur les achats de composants moins coûteux se répercutent sur les nouveaux modèles prévus pour 2027 et 2028. Ce délai définit une fenêtre de vulnérabilité pendant laquelle Stellantis génère peu d'amélioration de marge, tout en continuant à faire face à une concurrence chinoise qui gagne des parts de marché en Europe. La question que le marché n'a pas encore tranchée : Leapmotor peut-il générer assez de revenus pour combler ce trou de deux ans ?

Le vrai test — marges Europe et Amérique du Nord

Sur le marché EU30, Stellantis a enregistré 1,37 million de véhicules immatriculés au premier semestre, soit une hausse de 3,8%, avec une part de marché de 16,7%. Le premier trimestre a affiché un EBIT ajusté à 2,5%, supérieur au consensus de 1,8%. Mais JPMorgan prévoit un deuxième trimestre difficile, avec un EBIT inférieur de 12% au consensus Bloomberg — ce qui signifie que les chiffres S1 consolidés pourraient effacer la surprise positive du premier trimestre.

JPMorgan signale deux risques additionnels absents du consensus : des provisions liées à des problèmes de qualité en Amérique du Nord, et une pression concurrentielle accrue au Brésil qui n'a pas encore été intégrée dans les estimations. Ce dernier point est particulièrement significatif — le Brésil représentait jusqu'ici l'un des rares marchés à marges encore significatives pour le groupe, et son érosion aménagera peu de marge de sécurité dans les trimestres à venir.

Pour le détenteur, le checkpoint décisif n'est pas le volume de Leapmotor en Europe — c'est la marge EBIT des opérations européennes et nord-américaines lors des résultats du premier semestre 2026. Si ces deux régions repassent au-dessus de l'équilibre sans restructuration majeure, la thèse d'un redressement progressif tient : Leapmotor est un relais authentique et les 14 mois d'attente sont tolérables. Si elles restent à flux neutre ou négatif, JPMorgan a raison et les restructurations que le groupe a évitées deviendront inévitables.

Pour le candidat à l'entrée, la condition est identique : tant que la marge opérationnelle des régions core reste à l'équilibre ou négative, le cours actuel reflète l'espoir Leapmotor plus que la résilience propre de Stellantis — et l'entrée est prématurée. JPMorgan a divisé par presque deux son objectif le jour même où Leapmotor affichait +69% : c'est précisément parce que la croissance de la filiale chinoise ne se lit pas dans les marges des usines européennes. Le chiffre qui décidera n'est pas celui de Leapmotor, mais l'EBIT Stellantis hors partenaires lors des résultats semestriels.

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