STMicro 147% pendant que la France stagne|Qui achète une puce à 54 quand le chômage dépasse 8 % ?

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Le CAC 40 reprend des couleurs — mais pas pour les raisons attendues

Le CAC 40 a clôturé ce jeudi en hausse de 0,9 %, à 8 082 points. Sur le papier, la journée ressemble à un rebond alimenté par la diplomatie : le sommet Trump-Xi à Pékin a dominé les manchettes, les deux dirigeants ont déclaré que le détroit d'Ormuz « doit rester ouvert », et Wall Street a enchaîné un nouveau record. Pourtant, derrière ce consensus de façade, une seule valeur a concentré les flux d'achat avec une brutalité qui tranche avec l'ambiance prudente de la séance parisienne.

STMicroelectronics a progressé de 5,4 % jeudi, portant son gain depuis le début de l'année à 147 %. Ce chiffre mérite une pause. Le CAC 40 lui-même n'a progressé que de quelques points depuis janvier, dans un contexte où l'INSEE vient de confirmer un PIB français nul au premier trimestre 2026 et un taux de chômage à 8,1 %, au plus haut depuis 2021. Les 2,6 millions de demandeurs d'emploi actifs en France constituent la toile de fond macroéconomique dans laquelle STMicro inscrit son cours à 54,32 euros — un sommet de cinq ans. Ce n'est pas un rebond technique. C'est une divergence de trajectoire qui s'accélère.

La journée a également été marquée par la confirmation officielle de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale américaine, remplaçant Jerome Powell dès vendredi. Le vote du Sénat, 54 contre 45, représente le clivage partisan le plus net jamais enregistré pour la confirmation d'un président de banque centrale. Les taux américains à 30 ans ont franchi 5 % pour la première fois depuis 2007, selon Euronews — et c'est dans cet environnement de coût du capital élevé que STMicro continue de progresser. La tension entre ces deux réalités — un marché obligataire qui signal le danger, et un titre technologique qui s'emballe — n'a pas encore trouvé de résolution.

Pourquoi le capital afflue vers une puce franco-italienne en pleine récession domestique

Pour comprendre la trajectoire de STMicro, il faut regarder non pas Paris, mais Pékin. Lors du sommet Trump-Xi, Washington a levé les restrictions d'exportation des puces H200 de NVIDIA vers une dizaine d'entreprises chinoises — Alibaba, Tencent, ByteDance, JD.com. Ce déblocage a immédiatement reclassifié le secteur des semi-conducteurs dans l'esprit des investisseurs : si les puces IA reprennent leur chemin vers la Chine, la chaîne d'approvisionnement européenne qui fournit les composants en amont redevient stratégique. STMicro, spécialiste des microcontrôleurs et des puces pour l'automobile et l'industrie, n'est pas un fabricant direct d'accélérateurs IA — mais dans un marché où le signal prime sur la nuance, son cours a absorbé la réouverture chinoise comme si elle lui était directement adressée.

Ce mécanisme de transmission — chip deal américano-chinois → flux vers les semi-conducteurs européens — explique aussi pourquoi l'action monte en dépit d'un consensus d'analystes qui fixait l'objectif à 48 euros, soit un potentiel négatif de 12 % par rapport aux cours actuels. Les institutions vendent le fondamental ; le marché achète le signal géopolitique. Ce clivage entre prix et consensus n'a aucun précédent récent sur une valeur du CAC 40.

Là où le raisonnement se complique, c'est précisément dans la nature du catalyseur. Le déblocage des exportations de puces vers la Chine dépend d'un accord fragile entre deux administrations qui, dans la même journée, ont échangé des avertissements explicites sur Taïwan. Xi Jinping a déclaré devant Trump que la question taïwanaise pourrait conduire les deux pays « vers un conflit » si elle était « mal traitée ». Le capital qui achète STMicro aujourd'hui parie non seulement sur la normalisation commerciale, mais aussi sur l'absence d'escalade militaire dans le Pacifique — un pari que le cours à 54 euros intègre sans le nommer.

Jusqu'où peut aller un titre qui dépend d'une paix non garantie

Ce que l'accord partiel d'Ormuz et le déblocage des puces NVIDIA ont en commun, c'est qu'ils sont tous deux des concessions provisoires dans un conflit non résolu. L'Iran a autorisé le transit de navires chinois depuis mercredi selon l'agence Fars, mais le Pentagone a simultanément promis une « réponse dévastatrice » si des navires américains étaient attaqués. Le pétrole a reculé sous 101 dollars le baril après les premières nouvelles du transit — mais cette détente partielle n'est pas une réouverture totale. Pour STMicro, dont les clients automobiles et industriels sont directement exposés au coût de l'énergie et aux chaînes logistiques mondiales, ce contexte crée un double levier : hausse si la normalisation tient, chute si elle se retourne.

Un parallèle historique éclaire le risque. En 2020, après le déblocage commercial partiel de la phase 1 sino-américaine, les valeurs industrielles européennes exposées à la Chine avaient progressé de 20 à 30 % en quelques semaines — avant de corriger brutalement quand la pandémie avait effacé la logique de reprise. STMicro a progressé de 147 % en cinq mois, non pas sur des résultats — le bénéfice du premier trimestre a manqué les prévisions selon Zonebourse — mais sur une re-réévaluation du potentiel de marché. Cette re-réévaluation tient tant que la géopolitique ne réexige pas son tribut.

Le benchmark à surveiller dans les prochaines heures est double. Premier point de contrôle : les déclarations formelles de l'administration Trump sur le statut des exportations de puces vers la Chine — un tweet ou un mémorandum en sens contraire suffirait à annuler la prime géopolitique. Second point : la réaction de l'Iran à la présence du porte-avions Charles de Gaulle, désormais positionné en mer Rouge pour sécuriser le détroit d'Ormuz selon la Revue économique de France. Si Téhéran interprète ce déploiement comme une provocation, le baril repart et la logique de re-réévaluation des semi-conducteurs se retourne. La hausse de STMicro à 54 euros ne prouve pas que le scénario de détente est acquis. Elle prouve que le marché choisit de le croire — et la question qui reste ouverte est celle-ci : jusqu'à quel cours ce choix reste-t-il rationnel si la paix au détroit n'est jamais officiellement signée ?

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