TF1|Chiffre daffaires -9,9%, action 3,8%

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La chute qui ne fait pas peur

TF1 vient de publier un chiffre d'affaires semestriel de 993 millions d'euros, en recul de 9,9% sur un an. C'est la pire tendance du marché publicitaire linéaire depuis des années. Et malgré cela, l'action TF1 bondit de 3,8% à la Bourse de Paris, l'une des plus fortes hausses du SBF 120. La question n'est pas pourquoi TF1 recule. La question est pourquoi le marché applaudit un recul.

BFM Bourse rapporte que le groupe, selon ses propres mots, a 'sauvé ce qui pouvait être sauvé'. Ce n'est pas un satisfecit. C'est l'aveu qu'un effondrement était attendu, et qu'il n'a pas eu lieu à l'ampleur redoutée. Comprendre ce qui s'est réellement passé au deuxième trimestre exige de séparer deux histoires : celle des revenus, et celle de la rentabilité.

Le résultat opérationnel courant du deuxième trimestre s'établit à 64 millions d'euros. Le consensus des analystes tablait sur seulement 45 millions selon AlphaValue, et 50 millions selon Oddo BHF. TF1 a donc dépassé les attentes de près de 40%, même si ce chiffre reste largement inférieur aux 88 millions dégagés un an plus tôt. C'est un recul qui déçoit moins que prévu, ce qui en Bourse, se paie cash.

Le vrai levier : les coûts, pas les revenus

AlphaValue explique la surprise par une baisse d'environ 8% des coûts de programmation, ramenés à 211 millions d'euros au deuxième trimestre, associée à une gestion rigoureuse des dépenses. Il ne s'agit donc pas d'un rebond de la demande publicitaire. C'est un ajustement des coûts qui masque, temporairement, la dégradation structurelle du marché linéaire.

Le contraste est net à l'intérieur même du groupe. Le chiffre d'affaires publicitaire linéaire a chuté de 8,7% sur un an. Mais la plateforme de streaming TF1+ a vu ses revenus grimper de 18,6%, à 109 millions d'euros, portée notamment par le partenariat avec Netflix, qui a permis d'atteindre un pic de 8,3 millions de streamers uniques quotidiens le 25 juin dernier.

L'écart entre l'érosion du linéaire et le dynamisme du numérique se creuse chaque trimestre. TF1 n'est plus une valeur de télévision classique dont on surveille les audiences. C'est désormais une valeur dont la trajectoire dépend de la vitesse à laquelle le streaming numérique compense l'effondrement de la publicité télévisée traditionnelle. Cette bascule change ce qu'un investisseur doit surveiller trimestre après trimestre.

Aucune amélioration en vue

Oddo BHF rapporte que la direction de TF1 ne constate, à ce stade, aucune amélioration de tendance sur le marché publicitaire, et ne voit pas de reprise se dessiner pour les prochains mois. Le courtier juge crédibles des estimations d'un recul d'environ 10% du marché linéaire pour l'ensemble de 2026, et de 6% en incluant le digital.

Oddo BHF anticipe un troisième trimestre qui reste difficile, avant une probable amélioration au quatrième trimestre, grâce à un effet de base plus favorable. TF1 devrait poursuivre l'optimisation de ses coûts de programmes pour accompagner ce marché dégradé, tandis que TF1+ devrait accélérer sa croissance par rapport au deuxième trimestre.

Le groupe conserve une trésorerie nette de 432 millions d'euros, une marge de manœuvre qui lui permet d'absorber la pression sans fragiliser son bilan. Mais l'action TF1 recule tout de même de 15% depuis le début de l'année. Le rebond du jour ne compense donc pas, à ce stade, l'érosion de valorisation accumulée sur l'ensemble de l'exercice.

Ce que le rebond raconte vraiment

Le paradoxe du jour tient en une phrase : TF1 a battu un consensus qui anticipait déjà une chute sévère. Cette performance rassure sur la capacité du groupe à piloter ses coûts, mais elle ne change rien à la trajectoire du marché publicitaire linéaire, que la direction elle-même juge sans reprise visible.

AlphaValue réaffirme sa préférence pour TF1 face à son concurrent M6, en citant une valorisation plus attractive et un positionnement plus avancé dans le numérique. C'est un jugement relatif, entre deux acteurs affaiblis par le même marché, plutôt qu'un satisfecit absolu sur les fondamentaux du secteur télévisuel traditionnel.

La question qui reste ouverte n'est plus de savoir si la publicité linéaire va continuer de reculer, la direction l'a confirmé elle-même. Elle est de savoir si la croissance de TF1+ peut accélérer suffisamment vite pour compenser cette érosion avant que la trésorerie ne s'érode à son tour. Le quatrième trimestre, annoncé comme un possible point d'inflexion, sera le premier test réel de cette course de vitesse.

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