Thales -2% sur la paix USA-Iran|radar 60% aux Pays-Bas déjà contracté

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La paix provisoire punit Thales — mais l'Iran dit autre chose

Thales a terminé lanterne rouge du CAC 40 ce 25 juin, en repli de près de 2% à 224 euros. Le déclencheur est immédiat : l'accord provisoire entre Washington et Téhéran a fait plonger le pétrole sous 76 dollars et remonter les valeurs aériennes, au détriment du secteur défense. La mécanique est réflexe — paix au Moyen-Orient égale moins de tensions, moins de tensions égale moins de budget militaire. Mais cette équation suppose que l'accord USA-Iran soit réel, stable et que le réarmement européen en dépende. Aucune de ces trois conditions n'est vérifiée.

Sur la paix elle-même, le président Trump a déclaré que l'Iran avait accepté des inspections nucléaires à l'infini. Téhéran a répondu n'avoir fait aucune concession de ce type. Les deux parties donnent des versions contradictoires sur les incitations financières accordées à l'Iran, le contrôle du détroit d'Ormuz et la guerre parallèle menée par Israël au Liban. Ce n'est pas un accord contesté à la marge — ce sont les fondements mêmes du document-cadre signé la semaine dernière qui font l'objet d'interprétations opposées entre les deux signataires.

Le marché a traité cet accord comme un signal de désescalade durable. Le signal lui-même est en train d'être contesté en temps réel par l'une des deux parties.

Le réarmement européen court sur une génération — pas sur un cessez-le-feu

La baisse de Thales repose sur une confusion géographique : le réarmement qui génère ses commandes est européen, pas moyen-oriental. L'Union européenne a lancé un plan de 800 milliards d'euros pour renforcer les capacités de défense de ses États membres. Ce programme couvre les radars, les systèmes de défense aérienne, les drones et la cybersécurité — exactement le portefeuille de Thales. Il n'est pas conditionné à l'état des relations USA-Iran.

En 2025, l'activité défense de Thales a progressé de 12% hors effets de change et acquisitions. La marge opérationnelle ajustée est passée de 11,8% en 2024 à 12,4% en 2025, et les analystes l'attendent à 12,8% en 2026. Ce n'est pas la dynamique d'un secteur attendant une guerre — c'est la dynamique d'un carnet de commandes pluriannuel structurellement plein.

L'hypothèse cachée des vendeurs d'aujourd'hui est que le cycle de réarmement européen serait un proxy du risque Moyen-Orient. C'est l'inverse qui est vrai. Ce cycle a été déclenché par l'invasion russe de l'Ukraine et le retrait progressif du parapluie américain — deux variables qui ne disparaissent pas avec un accord USA-Iran dont les termes sont encore disputés. La chute de Thales exprime une corrélation géographique erronée, pas une dégradation de ses fondamentaux.

Radar +60% aux Pays-Bas, drone Toutatis : les contrats signés ce mois-ci

Pendant que le cours corrige, Thales signe. Le 22 juin, le groupe a formalisé un partenariat stratégique avec le ministère de la Défense des Pays-Bas pour augmenter de 60% la production d'antennes radar à Hengelo entre 2025 et 2028. Ce n'est pas une déclaration d'intention — c'est la construction d'une chambre anéchoïque, d'une tour d'essai radar et d'installations de production de circuits imprimés, avec l'État néerlandais comme actionnaire et client garanti.

La même semaine, Thales a conclu avec Renault un accord d'industrialisation pour son drone kamikaze Toutatis : objectif de 1.000 unités par mois dès 2027, avec une capacité de montée en puissance à 10.000 unités mensuelles si la demande le justifie. Renault apporte ses cadences automobiles — l'économie d'échelle d'une usine de voitures appliquée à la défense. Patrice Caine, PDG de Thales, explique que ce drone est destiné à l'export vers l'Europe de l'Est, où les besoins sont "importants en volume et assez immédiats".

Ces contrats ne s'annulent pas si Téhéran et Washington trouvent un terrain d'entente. Ils s'exécutent sur trois à cinq ans, indépendamment de l'état des tensions au Moyen-Orient. Le point que le marché manque : la rentabilité à court terme d'un groupe de défense européen ne dépend plus de l'intensité des conflits actifs — elle dépend des décisions d'investissement prises il y a douze à dix-huit mois dans les capitales européennes, et qui s'exécutent maintenant.

Ce que le détenteur et le candidat à l'entrée doivent surveiller

Le risque réel pour Thales n'est pas la paix USA-Iran — c'est la durée du cycle d'aversion aux valeurs de défense en cas de désescalade perçue. Le secteur a été structurellement réévalué à la hausse depuis 2022 ; une perception de détente, même fragile, peut déclencher des rotations institutionnelles vers les valeurs cycliques avant que les fondamentaux reprennent le dessus.

Un signal de court terme s'est ajouté : l'IPO imminente de KNDS, le groupe franco-allemand de blindés et d'artillerie, annoncée le 25 juin. Ce nouvel entrant sur les marchés cotés captera une partie de l'allocation aux valeurs de défense européennes, créant une pression mécanique sur les titres existants dont Thales.

Pour le détenteur, le variable déterminant est la publication des résultats semestriels de Thales : si les entrées de commandes T2 2026 confirment la dynamique des contrats radar et drones, la compression de valorisation actuelle — à 28 fois les profits 2026, contre un objectif Oddo BHF à 305 euros par action — devient un point d'entrée plutôt qu'un signal d'alerte.

Pour le candidat à l'entrée, la question n'est pas l'accord USA-Iran. La question est la solidité de cet accord lui-même. Tant que Washington et Téhéran donnent des versions contradictoires sur les concessions nucléaires, le catalyseur négatif reste instable. La prochaine clarification sur l'accord de paix — pas les résultats de Thales — est le vrai trigger à surveiller avant d'agir.

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