TotalEnergies 200 M de pertes à la pompe|bénéfices T1 51%

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Des profits records et une vente à perte

TotalEnergies a enregistré 4,96 milliards d'euros de bénéfices au premier trimestre 2026, soit une hausse de 51% sur un an. Pourtant, son PDG Patrick Pouyanné a déclaré mercredi devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale que le groupe vend du carburant à perte dans ses 3 300 stations françaises depuis mars. La clé de cette contradiction n'est pas dans la comptabilité — elle est dans la structure du modèle intégré de TotalEnergies.

Le plafonnement volontaire à 1,99 euro par litre pour l'essence et à 2,09 euros pour le diesel a représenté un manque à gagner de 200 millions d'euros depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Ce chiffre est approximatif, selon Pouyanné lui-même, mais l'ordre de grandeur tient : le plafond est inférieur au prix de revient à la distribution. Alors comment le groupe peut-il simultanément afficher +51% de bénéfices ?

La réponse est dans le raffinage. TotalEnergies ne perd pas d'argent sur le pétrole qu'il extrait ou raffine — il perd de la marge au dernier kilomètre, à la pompe. Le modèle intégré capte les gains en amont, dans l'exploration-production et le raffinage, et absorbe la perte en aval. Ce déséquilibre interne finance le plafonnement sans mettre en danger les résultats consolidés.

Ce schéma a fonctionné parce que les marges de raffinage ont plus que doublé pendant la crise. Une marge normalement de 5 à 6 dollars par baril tourne aujourd'hui à 13-14 dollars. C'est cette anomalie, et non la générosité du groupe, qui rend le plafonnement financièrement supportable. La vraie question pour l'investisseur n'est donc pas si TotalEnergies peut maintenir ce geste — c'est combien de temps les marges de raffinage resteront à ce niveau.

La menace fiscale et le calendrier de normalisation

L'accord États-Unis — Iran a fait chuter le prix du brut de plus de 10% en deux séances, le Brent passant sous 80 dollars. Le marché a interprété cela comme une bonne nouvelle pour l'inflation. Mais Pouyanné a souligné devant les députés que les marges de raffinage restent anormalement élevées malgré la baisse du brut. La raffinerie SATORP en Arabie saoudite, qui a subi trois attaques, ne fonctionne qu'à 70% de sa capacité et ne sera pas réparée avant fin 2026. Les dommages physiques sur les installations régionales prendront environ un an à corriger, même si le détroit d'Ormuz rouvre vendredi.

Ce décalage entre la baisse du brut et le maintien des marges de raffinage est précisément ce que la gauche parlementaire ne voit pas dans ses calculs. Éric Coquerel (LFI) cite 4,96 milliards d'euros de bénéfices T1 pour réclamer une surtaxe sur les superprofits. Pouyanné répond en citant 200 millions d'euros de plafonnement et un taux d'imposition mondial de 43%, supérieur au taux français. Deux sources distinctes tirent des conclusions opposées du même fait : les bénéfices exceptionnels sont-ils le produit d'une rente géopolitique taxable, ou le résultat d'un risque industriel compensé ?

La menace de Pouyanné est précise : si le Parlement vote une surtaxe, TotalEnergies mettra fin au plafonnement. Ce n'est pas un bluff sans coût — retirer le plafonnement dégraderait l'image du groupe et relancerait une consommation déjà en recul de 12% sur un an en France. Mais le maintenir au-delà de la crise, si les marges se normalisent à 5-6 dollars, n'est plus financièrement défendable sans la rente du raffinage.

La Fed de Kevin Warsh a supprimé ce mardi sa dernière prévision de baisse des taux pour 2026, avec 66% de probabilité d'une hausse d'ici décembre. Les taux longs américains à 10 ans approchent 4,47%. Cette orientation hawkish ajoute une pression sur la valorisation des grandes capitalisations européennes exposées à la dette, dont TotalEnergies n'est pas à l'abri si ses bénéfices se normalisent simultanément à un coût du capital plus élevé.

Pour le détenteur de TTE.PA, la variable à surveiller n'est pas le prix du brut mais le calendrier de remise en service des capacités de raffinage régionales. Si les marges reviennent à 6 dollars par baril avant un vote sur la surtaxe, Pouyanné perd son argument de financement du plafonnement et se retrouve dos au mur fiscalement. Pour le non-détenteur, la résilience boursière actuelle tient à une rente de crise temporaire — le point d'entrée rationnel est après la normalisation des marges, pas avant. Le contre-signal qui invaliderait cette lecture : une prolongation de la fermeture effective du détroit au-delà de juillet, qui maintiendrait les marges anormalement élevées et renforcerait la position défensive de Pouyanné face au Parlement.

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