Vivendi -12%|la prime dOPA effacée, la décote à 42%

· CAC

L'arrêt qui a plongé Vivendi dans le rouge

L'action Vivendi a chuté de 12% ce mercredi 8 juillet, accusant la plus forte baisse de l'indice SBF 120 en une seule séance. La cause est un arrêt de la Cour d'appel de Paris : Vincent Bolloré ne contrôle pas Vivendi au sens légal, et l'obligation de rachat des actionnaires minoritaires n'existe donc pas. Ce verdict peut sembler neutre — aucun actif ne change de mains, aucun résultat n'est publié. Pourtant, le titre s'effondre, parce qu'une partie des investisseurs avait acheté Vivendi pour une raison précise : la probabilité d'une OPA obligatoire, une prime de sortie garantie par la loi. Cette prime vient d'être retirée par décision de justice. Le vrai sujet n'est pas la valeur fondamentale des actifs de Vivendi — il réside dans la structure de gouvernance de Bolloré, jugée suffisamment opaque pour que le marché ait intégré depuis des mois une espérance de rachat forcé. Combien valait cette espérance ? Selon les analystes, une OPA aurait représenté entre 6 et 9 milliards d'euros. Sa disparition légale explique l'ampleur du mouvement de ce matin. Ce que le cours ne dit pas encore clairement, c'est que l'histoire judiciaire n'est pas terminée.

Le paradoxe JPMorgan : vendre à -12% ou renforcer à 1,93 euro ?

Vers 15h, l'action Vivendi cotait 1,93 euro. JPMorgan, dans la même journée, a abaissé son objectif de cours de 2,60 à 2,40 euros — mais maintenu sa recommandation « surpondérer ». C'est là que réside le cœur du problème pour tout investisseur : le marché vend massivement ce que JPMorgan considère encore comme une sous-valorisation. La décote de holding de Vivendi — l'écart entre le cours et la valeur des actifs cotés — est passée de 34% à 42% dans la seule journée du 8 juillet, retrouvant la fourchette historique de 40 à 45% qui prévalait avant que la thèse d'OPA ne prenne forme. L'actif le plus important est la participation dans Universal Music Group, qui représente l'essentiel de la capitalisation boursière de Vivendi. Ce bloc reste intact, sans modification ce jour. La tension vient de l'hypothèse opposée : JPMorgan estime à 45% la probabilité d'une OPA volontaire de Bolloré une fois le contentieux réglé, et à 45% celle d'une absence totale d'offre. Les deux scénarios sont à égalité — et c'est précisément cette ambiguïté qui paralyse. CIAM, le fonds activiste, a immédiatement annoncé un pourvoi en cassation, qualifiant la décision de « signal préoccupant aux investisseurs européens et internationaux ». L'avocate Sophie Vermeille a dénoncé la condamnation du fonds à 350 000 euros de frais de procès : « Contester coûte cher ; se taire est préférable et le plus souvent en votant avec ses pieds. » Ce que la décote ne reflète pas, c'est que Bolloré reste assis sur près de 30% du capital et plus de 40% des droits de vote — une position qui rend toute opération sur Vivendi impossible sans son accord, qu'il soit imposé ou volontaire.

La Cour de cassation, seul arbitre qui reste

Le dossier Vivendi n'est pas clos. CIAM s'est pourvu en cassation ce jour même, et JPMorgan anticipe un nouvel examen par la Cour suprême vers la fin de l'année 2026. La Cour de cassation ne réexaminera pas les faits — elle se prononcera uniquement sur la correcte application du droit. C'est une distinction capitale : si elle confirme l'arrêt d'appel, l'obligation d'OPA disparaît définitivement. Si elle le casse à nouveau, l'affaire repart vers une nouvelle formation de juges, avec une pression accrue. Mais l'indicateur le plus précoce n'est pas ce jugement de fin d'année. Vincent Bolloré dispose d'un levier qu'aucun tribunal ne peut lui retirer : décider volontairement d'une offre sur les titres Vivendi qu'il ne détient pas, une fois le contentieux apaisé. JPMorgan l'estime à 45% de probabilité. Si Bolloré signale une intention dans ce sens — ou au contraire initie des cessions d'actifs, des rachats d'actions ou des redistributions —, le titre retrouvera une direction claire avant même l'arrêt de cassation. Pour le détenteur actuel, la question est : la décote de 42% sur des actifs dont UMG justifie-t-elle le risque d'un scénario sans offre à 45% de probabilité ? Pour l'observateur sans position, la même décote représente une entrée potentielle — à condition que Bolloré émette un signal. Le titre devient une opportunité si Bolloré annonce une OPA volontaire ou initie une redistribution d'actifs tangible avant la fin 2026 ; il devient un piège si la Cour de cassation confirme l'arrêt et que Bolloré reste silencieux, laissant la décote de 42% se pérenniser sans catalyseur.

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