Vivendi 12% sur victoire judiciaire|la prime dOPA seffondre
Le verdict qui fait chuter l'action
L'action Vivendi a clôturé en baisse de 11,65% ce mercredi 8 juillet, touchant 1,93 euro en séance — sa pire performance depuis la scission du groupe fin 2024. Le paradoxe est immédiat : cette chute survient non pas sur une mauvaise nouvelle pour l'entreprise, mais sur une victoire judiciaire de son actionnaire de référence, Vincent Bolloré.
La Cour d'appel de Paris a confirmé ce jour que Bolloré SE ne contrôlait pas légalement Vivendi lors de la scission de décembre 2024, rejetant l'intégralité des demandes du fonds activiste CIAM. Pour Bolloré, l'enjeu était colossal : une obligation de rachat des minoritaires aurait représenté entre 3 et 9 milliards d'euros selon les estimations des analystes. La justice le décharge de cette obligation — et l'action perd pourtant un neuvième de sa valeur en une seule séance.
La clé de cette contradiction est que le cours de Vivendi n'était pas soutenu par les fondamentaux du groupe résiduel — une holding appauvrie dont l'actif principal est une participation dans Universal Music Group. Il était soutenu par la probabilité implicite d'une offre publique obligatoire. JPMorgan estimait encore avant le verdict à 35% la probabilité d'une telle OPA. Après la décision, la banque abaisse cette probabilité à 10% — et avec elle, l'objectif de cours passe de 2,60 à 2,40 euros. C'est précisément cette désintégration de la prime d'OPA que la séance a reflétée, pas la santé opérationnelle de Vivendi.
L'email de 2017 et le paradoxe du contrôle
Ce qui rend la décision d'aujourd'hui particulièrement troublante pour les minoritaires est un document resté dans l'ombre jusqu'à l'audience de mai. L'Autorité des marchés financiers a versé aux débats un email interne du 9 août 2017, rédigé par le contrôle de gestion du groupe Bolloré, intitulé précisément « Contrôle de fait du Groupe Bolloré sur Vivendi ». Le document, envoyé aux deux plus proches lieutenants de Vincent Bolloré ainsi qu'aux commissaires aux comptes Deloitte et Grant Thornton, détaille comment le groupe familial contrôlait la gouvernance de Vivendi à travers le conseil de surveillance — nommant les dirigeants-clés, décrivant le contrôle opérationnel jusqu'au directeur des achats commun, et concluant que Bolloré était « en capacité de contrôler près de 50% des voix ».
La Cour d'appel, dans sa nouvelle formation, a pourtant estimé que ce document ne démontrait pas un contrôle au sens de l'article L. 233-3 du Code de commerce — car Bolloré n'avait à aucun moment détenu la majorité absolue des droits de vote exercés en assemblée générale. La distinction légale est précise : contrôle de fait comptable, utilisé pour consolider les comptes sous la norme IFRS 10, n'est pas identique au contrôle légal boursier déclenchant une OPA. C'est exactement ce que l'avocat de CIAM conteste : « Ce courrier démontre point par point comment Bolloré contrôlait dans la pratique Vivendi. » Pour la cour, la majorité des voix effectivement exercées n'a jamais été atteinte.
Ce paradoxe légal se traduit immédiatement dans la structure de valorisation. Avant la décision, la décote de la holding Vivendi par rapport à la valeur de ses actifs cotés était d'environ 34%. Après le verdict, JPMorgan estime qu'elle s'est creusée à près de 42%, retrouvant la fourchette historique de 40-45%. C'est le mouvement de marché qui révèle la mécanique : ce n'est pas la valeur intrinsèque de Vivendi qui a reculé, c'est la prime liée à l'espoir d'une sortie forcée qui s'est évaporée. JPMorgan maintient néanmoins sa recommandation « surpondérer » et voit encore plusieurs leviers de recréation de valeur — dont une OPA volontaire de Bolloré à 45% de probabilité.
Les trois scénarios qui décident du prix
JPMorgan articule désormais trois scénarios distincts sur Vivendi. Le premier — une nouvelle OPA obligatoire imposée par la Cour de cassation — ne retient plus que 10% de probabilité, contre 35% avant le verdict. Le deuxième — une offre volontaire de Bolloré, possible une fois le contentieux judiciaire apuré — reste à 45%. Le troisième — l'absence totale d'offre, avec création de valeur par cessions d'actifs, versements aux actionnaires ou réduction des coûts — détient également 45%. La distribution de probabilités est ainsi fundamentalement bimodale : soit Bolloré fait une offre (volontaire), soit il gère Vivendi comme un portefeuille à optimiser.
Un catalyseur distinct émerge en parallèle. Selon Reuters, le groupe Bolloré — par l'intermédiaire de Canal+ — examinerait une offre sur Lionsgate Studios, le dernier grand studio indépendant d'Hollywood, valorisé autour de 3,8 milliards de dollars. Lionsgate détient les franchises Hunger Games, John Wick et Twilight ; l'action a bondi de 9% à l'annonce de cet intérêt. Si l'opération se concrétisait, elle signalerait que Bolloré déploie ses ressources préservées — celles qu'il n'a pas eu à consacrer à une OPA sur Vivendi — en acquisitions à l'international. Pour les détenteurs de Vivendi, ce signal est à double lecture : une stratégie de valeur positive pour Canal+, mais un usage de trésorerie qui éloigne une OPA bénévole sur Vivendi lui-même.
Le point de monitoring est donc précis. La Cour de cassation devrait se prononcer d'ici fin 2026 selon JPMorgan — et cette fois uniquement sur la bonne application du droit, non sur les faits. Si elle casse à nouveau et impose une OPA, le scénario à 10% de probabilité deviendrait réalité et le cours retrouverait les niveaux pré-verdict. Si elle confirme, l'enjeu bascule sur la décision volontaire de Bolloré : tout mouvement de sa part vers une offre ou vers des acquisitions majeures comme Lionsgate redéfinit la trajectoire. Pour un détenteur actuel, la question n'est pas la valeur des actifs sous-jacents — UMG représente l'essentiel de la capitalisation — mais la durée pendant laquelle la décote de 42% sera supportable sans catalyseur. Pour un candidat à l'entrée, la décision se résume à une condition : l'action devient une opportunité si Bolloré signale une offre ou si la cassation rouvre le dossier OPA, et reste un piège si la décote de holding s'installe durablement à 42% sans horizon de sortie.
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