Guerre en Iran CAC 40|Résultats français sous pression
Brent à 100$ : le choc
Le Brent a repassé la barre symbolique des cent dollars mercredi. Pas à cause d'une rupture d'approvisionnement soudaine — mais parce que l'Iran a saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz quelques heures seulement après la prolongation unilatérale du cessez-le-feu par Donald Trump. La trêve est reconduite, mais le blocus, lui, ne se lève pas.
C'est cette contradiction qui éclaire la journée. Les marchés avaient intégré un scénario de désescalade progressive. Ce que les faits montrent, c'est que la trêve et le blocage des échanges maritimes peuvent coexister — et que l'incertitude énergétique, elle, ne disparaît pas avec un communiqué de Washington.
Le commissaire européen à l'Énergie a été explicite : même dans le meilleur scénario, celui d'une fin rapide du conflit, les infrastructures gazières du Moyen-Orient resteront endommagées pendant plusieurs années. Les prix du gaz en Europe ont progressé d'un tiers depuis le 28 février, date du début des hostilités. Ce n'est pas un pic spéculatif — c'est une prime de risque structurelle.
Bruxelles a présenté ses réponses en urgence : réduction des taxes sur l'électricité, coordination du remplissage des réserves de gaz, maximisation des capacités de raffinage européennes. Des mesures qui soulagent à la marge, mais qui évitent délibérément un plafonnement des prix du gaz. La Commission sait que les gouvernements nationaux tiennent les véritables leviers — subventions, baisses de taxes nationales — et que l'unanimité requise pour une réforme fiscale européenne est, dans les faits, inatteignable à court terme.
L'Allemagne concentre la mesure de ce choc. Berlin a réduit de moitié sa prévision de croissance pour 2026, emboîtant le pas au FMI et aux grands instituts économiques allemands. La reprise attendue cette année est, une nouvelle fois, reportée. L'économie allemande subit le choc énergétique de plein fouet — l'industrie lourde, grande consommatrice de gaz, en absorbe la plus grande part. Si le détroit d'Ormuz reste partiellement fermé jusqu'à l'été, Berlin pourrait se retrouver en récession technique au troisième trimestre.
CAC 40 : résultats divisés
Ce même choc géopolitique a traversé les publications trimestrielles françaises — mais de façon inégale, et c'est là que la journée révèle quelque chose de plus précis que la simple baisse du CAC 40.
Bureau Veritas a perdu plus de treize pour cent en séance. Le groupe de certification affichait pourtant une croissance organique de 4,5 % de son chiffre d'affaires au premier trimestre. Ce qui a tout effacé, c'est la découverte d'irrégularités dans sa division Services aux Gouvernements au Moyen-Orient. Pour un groupe dont la crédibilité repose entièrement sur ses missions de contrôle et de vérification, une défaillance interne dans cette zone précise n'est pas un incident opérationnel parmi d'autres — c'est une question d'identité. Le marché a réagi en conséquence.
Eurofins Scientific a subi une sanction comparable, autour de dix pour cent, après des résultats en dessous des attentes. FDJ United a lancé un avertissement sur ses résultats annuels, pénalisé par une pression fiscale plus forte que prévu. TUI, le voyagiste allemand, a revu ses objectifs à la baisse : ses clients fuient les destinations de Méditerranée orientale et réservent à la dernière minute, ce qui rend toute visibilité à court terme impossible.
Dans ce contexte, Danone a tiré son épingle du jeu. Des ventes robustes au premier trimestre, soutenues par la division produits professionnels et les marchés émergents, ont rassuré le marché malgré le rappel de lait infantile en début d'année. La leçon du jour n'est pas que le CAC 40 a baissé — c'est que la même toile de fond géopolitique a produit des destins boursiers très différents selon l'exposition sectorielle et la gouvernance interne des entreprises.
Les semi-conducteurs européens, eux, ont évolué dans une logique opposée. BE Semiconductor a inscrit un sommet historique à 233 euros, en hausse de 148 % sur un an. ASM International a bondi de plus de six pour cent en séance. Le moteur est l'intelligence artificielle : la demande en équipements d'assemblage de puces reste structurellement forte, indépendamment du bruit géopolitique à court terme. Nomura a porté son objectif sur BE Semiconductor à 340 euros, soit un potentiel de hausse de 46 % par rapport aux niveaux actuels.
Ce qui décide de la suite
Deux dynamiques opposées s'affrontent désormais dans les portefeuilles européens. D'un côté, un choc énergétique durable qui comprime les marges industrielles et pèse sur la consommation. De l'autre, une vague d'investissement dans l'intelligence artificielle et les infrastructures électriques qui crée des gagnants sectoriels nets — indépendants du prix du baril.
Le poids des faits disponibles oriente vers un scénario de pression prolongée sur les indices européens, et en particulier sur le CAC 40, dont la composition expose fortement au luxe, à l'industrie lourde et aux valeurs cycliques. La croissance française affiche le deuxième déficit public le plus élevé de la zone euro. La confiance des consommateurs européens se dégrade davantage en avril. Ces indicateurs ne basculent pas en une semaine.
Mais ce jugement tient à une condition précise : que le détroit d'Ormuz reste partiellement bloqué et que les négociations entre Washington et Téhéran n'aboutissent pas. Si un accord crédible se dessine avant la fin du mois d'avril — les deux parties se donnent jusqu'au 28 pour avancer — la prime de risque énergétique se comprimerait rapidement. Les valeurs industrielles et cycliques rebondiraient, et les semi-conducteurs, déjà en surachat technique, pourraient consolider au profit des retardataires.
Deux éléments sont à surveiller dans les prochains jours. D'abord, les résultats trimestriels de BE Semiconductor prévus jeudi 23 avril : ils fourniront la première mesure concrète de la demande en équipements IA en 2026. Ensuite, l'issue de la médiation franco-allemande sur le programme SCAF, attendue le 28 avril : un échec fragiliserait davantage la coopération de défense européenne et pourrait peser sur Dassault Aviation et Airbus.
La trêve est prolongée. Mais aucun des deux acteurs principaux n'a signé. Et c'est précisément ce vide que les marchés ne savent pas valoriser.