Schneider gagne 4%|Legrand cède le terrain le même jour

2026-04-13 · CAC

Le même secteur, deux destins opposés

Le 14 avril, Barclays a rehaussé Schneider Electric à « surpondérer » et dégradé Legrand à « sous-pondérer » — dans la même note, le même analyste, le même secteur électrique français. Schneider a progressé de plus de 4 % en séance. Legrand a cédé près de 2 %. Deux champions industriels du CAC 40, deux mouvements opposés, une seule journée.

Le contexte général pesait sur les marchés. Le blocus américain du détroit d'Ormuz est entré en vigueur lundi. Le pétrole a dépassé les 100 dollars le baril. Les pourparlers entre Washington et Téhéran ont échoué ce week-end au Pakistan. LVMH a ouvert la saison des résultats avec une croissance organique de 1 % mais une chute publiée de 6 %, pénalisée par les ventes en berne dans le Golfe. Les Bourses européennes ont terminé dans le rouge, le CAC 40 perdant 0,29 % à 8 235 points. Dans ce tableau d'ensemble, la divergence entre Schneider et Legrand est passée presque inaperçue. C'est pourtant là que se joue quelque chose de structurel.

Qui bénéficie vraiment de la crise énergétique

L'électrification de l'Europe n'est pas une perspective lointaine. Ursula von der Leyen a appelé lundi les États membres à coordonner leurs prix de l'énergie, en tirant la leçon des erreurs de 2022. La facture des importations fossiles de l'Union européenne a bondi de 22 milliards d'euros en 44 jours depuis le début du conflit iranien. Berlin a annoncé une baisse temporaire des taxes sur les carburants pour deux mois. Ces réponses d'urgence masquent une accélération structurelle : chaque choc pétrolier renforce la pression pour accélérer l'électrification des bâtiments, des transports et de l'industrie.

Schneider Electric est positionné au cœur de cette bascule. Ses activités couvrent la gestion d'énergie dans les datacenters, les infrastructures industrielles, le bâtiment tertiaire et les réseaux intelligents. La demande en centres de données, alimentée par l'intelligence artificielle, représente désormais une fraction croissante de son carnet de commandes. Barclays a relevé son objectif de cours précisément parce que cette exposition dépasse le cycle court. Les revenus de Schneider ne dépendent pas d'une seule géographie ni d'un seul segment : c'est cette diversification qui justifie la revalorisation.

Legrand, à l'inverse, reste davantage exposé à la construction résidentielle et au petit tertiaire. Ce segment souffre d'un double effet : la hausse des taux pèse encore sur la demande de logements neufs, et l'accélération vers les infrastructures lourdes d'électrification le laisse en retrait. La dégradation de Barclays n'est pas un jugement sur la qualité intrinsèque de l'entreprise — c'est un arbitrage sur le positionnement dans un cycle qui se réoriente. Rexel, autre acteur de la distribution électrique, a également été dégradé dans la même note, pour des raisons proches.

Le vrai bénéficiaire de la crise énergétique européenne n'est donc pas le secteur de l'énergie dans son ensemble, mais la couche qui gère, convertit et optimise cette énergie — et Schneider occupe cette position mieux que ses concurrents proches.

Jusqu'où tient l'avantage de Schneider

La question n'est pas de savoir si Schneider mérite sa valorisation actuelle — les flux le confirment. La question est de savoir combien de temps cet écart par rapport à Legrand peut se maintenir, et sous quelles conditions il se referme.

L'avantage de Schneider tient à deux piliers : l'exposition aux datacenters et la demande industrielle liée à la réindustrialisation européenne. Les deux sont solides à court terme. Mais le premier est cyclique : si les dépenses d'infrastructure en intelligence artificielle ralentissent — ce qu'anticipent déjà certains analystes pour 2027 — la prime de croissance de Schneider sera réévaluée à la baisse. Le deuxième dépend de la trajectoire géopolitique : une désescalade au Moyen-Orient et un retour à la normale des prix de l'énergie réduiraient la pression à l'électrification rapide.

Le poids de l'analyse pointe vers une persistance de cet écart à six à douze mois, mais cette lecture n'est valide que si les dépenses en infrastructure numérique restent soutenues au-delà du deuxième trimestre. Si les résultats du premier trimestre de Schneider, attendus dans les prochaines semaines, confirment une croissance dans les activités datacenters supérieure à 15 %, l'arbitrage de Barclays sera conforté. Dans le cas contraire, la convergence entre les deux titres peut s'opérer rapidement — non pas par un rebond de Legrand, mais par un reflux de Schneider vers ses niveaux de début mars.

Le benchmark à surveiller : les résultats trimestriels de Schneider Electric et le détail de la contribution des datacenters. C'est ce chiffre, plus que le cours du pétrole ou le niveau du CAC 40, qui dira si le marché a raison de lui accorder une prime structurelle sur ses pairs.